BUILT TO SPILL – There’s Nothing Wrong With Love

BUILT TO SPILL – There’s Nothing Wrong With Love

Sorti le 13 septembre 1994,
chez Up Records.

Sorti en cette année 1994 faste où, par ailleurs, Doug Martsch s’embarque dans l’aventure Halo Benders, There’s Nothing Wrong With Love n’est pas tout à fait le premier Built To Spill. Il n’est pas non plus leur meilleur album, pas encore. Mais il est leur premier tour de force, l’œuvre qui plante le décor, celle où, à tâtons, ils peaufinent la formule qui aboutira à leurs plus grands disques, celle qui en fera des postulants au titre de meilleur groupe rock américain des années 90, carrément.

Sur cet album, est déjà bien en place ce goût pour les structures accidentées, les mélodies instables et les titres à tiroir qui leur vaudront d’être comparés à Pavement. Mais (et c’est sans doute pour cela qu’ils tarderont à être reconnus sur notre rive de l’Atlantique), en version moins arty que la bande à Malkmus, moins cérébrale, plus viscérale. Plus profondément américaine, quoi.

Il y a ces titres tout en rebondissements, un « Distopian Dream Girl » justement très Pavement, et un « Car » au violoncelle sorti de nulle part. Mais pas que. Il y a aussi des ritournelles mémorables comme « Big Dipper », et ce court « Twin Falls » où Martsch évoque des souvenirs de la ville du même nom, ce trou de l’Idaho où il a grandi. Enfin, dispersées ici et là, se trouvent les longues plages « Some », « Cleo » et l’admirable « Stab », du classic rock tout biscornu, où les guitares sales de l’après-grunge commencent à se vouloir épiques. Ces passages annoncent les prochains sommets, ils rendent plus visibles la guitare torturée à la Neil Young de Doug Martsch, ils le font entrer dans la ligue du Loner, celle des guitar heroes pour ceux qui n’aiment pas les guitar heroes.

Par dérision, ou par pudeur, There’s Nothing Wrong With Love ne se termine pourtant pas par l’un de ces morceaux grandioses, mais par une parodie, par les extraits d’un prochain album fictif où Built To Spill, une fois signés sur une major, donnerait dans un post-hardcore démagogue et dans un stadium rock macho. Ce finale est drôle. Cependant, la vraie suite pour Martsch & co, même s’ils seront bel et bien signés chez une grosse maison de disques, sera toute différente.

La véritable suite, ce sera une influence décisive sur Modest Mouse, Death Cab for Cutie et Rogue Wave, pour ne citer que les héritiers les plus évidents. La prochaine étape, ce sera aussi et avant tout les merveilleux Perfect From Now On et Keep It Like a Secret, les deux chefs-d’œuvre du groupe, sommets d’une carrière qui, au bout du compte, comptera très peu de déchets.

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