PATTI SMITH GROUP – Easter

PATTI SMITH GROUP – Easter

Sorti le 3 mars 1978,
chez Arista Records.

Le poids de Horses dans la discographie de Patti Smith est tel, sa cote critique est si élevée par rapport au reste de sa production, aujourd’hui, qu’on en oublierait que ce n’est pas cet album qui a été le plus médiatisé, que ce n’est pas celui-ci qui lui a ouvert les portes d’un large succès. Non, l’album qui a fait connaître Patti Smith au monde, celui qui est entré dans la maison de ton grand frère, de ton oncle ou de ton beau-frère (selon ton âge), c’est le troisième. C’est Easter.

Co-signé Bruce Springsteen, le tube « Because The Night » est pour beaucoup dans ce succès, il en est la locomotive avec cette structure classique couplet calme / refrain enlevé, avec ces paroles sur le thème banal de l’amour, avec même ce solo de guitare un peu ballot. Patti Smith, qui se remet alors d’une grave chute survenue en tournée, arrondit les angles. Finies les expérimentations et, pour partie, les longues envolées lyriques des deux disques d’avant. Elle livre ici des chansons plus resserrées, certaines aux allures d’hymnes (« Till Victory », « Privilege »), souvent très rock’n’roll (« 16th Floor », « Rock ‘n’ Roll Nigger »), et d’autres façon ballades (« We Three »).

Certes, on la reconnaît. Elle est toujours cette rockeuse qui ne joue pas de ses atours (cf. la pochette, où la posture sexy de la chanteuse est sérieusement contrebalancée par un visage farouche et par de vilains poils sous les aisselles). Ici et là, Patti Smith se montre toujours férue de spoken word (le « Babelogue »qui introduit l’incendiaire « Rock’n’Roll Nigger »), elle est fidèle à ces élans de poétesse dont continuent à se gausser ses détracteurs, amusés de voir une femme de plus de trente ans jouer encore à la jouvencelle romantique, et s’enhardir de naïves ardeurs lyriques. Il y a aussi toujours beaucoup de hargne, par exemple sur ce « Space Monkey » qui évoque de futurs morceaux du groupe X, avec ses paroles et ses riffs coléreux doublés d’un orgue dégoulinant. Mais tout cela est canalisé, dompté dans un format plus à même de séduire le public.

Toutefois Easter est bon, grâce à une poignée de titres au-dessus du lot, par exemple la mélopée indienne de « Ghost Dance », avec ses chœurs lancinants, sa flûte et son tambourin, et ce poignant « We Three », le sommet de l’album, sans oublier les cloches de « Easter », apothéose de ce disque à la thématique vaguement religieuse. Et si « Privilege (Set Me Free) » peut prêter à la circonspection avec sa récitation d’un extrait des Psaumes, il n’en est pas moins une réussite.

Horses a changé ma vie, mais Easter n’est rien qu’un très bon album.

C’est ce qu’écrit Lester Bangs à sa sortie. Et il a raison. Mais au lieu d’en être déçu, on peut aussi s’en réjouir. Car les très bons albums, ils ne sont pas si nombreux en avoir sortis plusieurs.

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