ONYX – All We Got Iz Us

ONYX – All We Got Iz Us

Sorti le 24 octobre 1995,
chez JMJ Records et Rush Associated Labels.

C’est Jam Master Jay qui a découvert Onyx et présidé à la production de leur premier album. Et cela n’est pas par hasard, tant le groupe de Sticky Fingaz a en commun avec Run-D.M.C. : un look imparable (des crânes rasés, dans le cas des derniers), une sensibilité rock à même de séduire les amateurs de metal, et une posture hostile, combative, nuancée par des airs de héros de cartoons.

Il y a de l’humour et de la fantaisie, en effet, sur ce Bacdafucup qui a été l’un des grands succès de 1993. Mais sur son successeur, ce n’est plus le cas. A l’image de leur emblème, ce smiley pas content en exergue sur un fond noir, Onyx ne rigole plus sur All We Got Iz Us. Sur cet album, en phase avec l’ambiance sombre de l’époque, plus rien ne se prête à une diffusion en boucle sur MTV. Et ces raps menaçants, rauques et braillés qui sont la marque de fabrique du désormais trio (Big DS vient de quitter le groupe), sont désormais unilatéralement noirs et pessimistes.

Le disque s’ouvre même sur des pulsions suicidaires, Sticky Fingaz menaçant dès l’introduction d’appuyer sur la gâchette. Et c’est le même dégoût, la même envie d’en finir, que traduit l’étonnant « Last Dayz », un titre très différent de tout ce qu’a fait Onyx avec son instru macabre, toute en basse, en spleen et en beats vaporeux, cousine du trip-hop anglais. Ailleurs, c’est un rythme soutenu plus habituel qui est de retour, un titre comme « Shout » aurait même pu figurer sur l’opus précédent avec ses chœurs guerriers. Mais les sons et l’atmosphère y demeurent effroyablement poisseux et pesants, atteignant des sommets avec « Most Def » et « Walk In New-York ».

Les rappeurs Onyx explorent avec persévérance les mêmes idées noires. Ils dépeignent avec paranoïa une jungle urbaine soumise à la drogue et au meurtre, exhalant leur haine farouche d’un pays qu’ils préfèrent appeler USG (United States Ghetto), vomissant brutalement leur bile sur « 2 Wrongs », maniant l’insulte comme personne sur « Punkmotherfuckas », donnant au mot « hardcore » tout son sens sur « Betta Off Dead ». Et ils abordent tout cela avec une grande science des mots soulignée, par exemple, par un « Getto Mentalitee » riche en allitérations.

Par chance, le groupe ne partage pas vraiment l’humeur nihiliste et suicidaire de cet All We Got Iz Us. Ils passeront bientôt à autre chose. A l’avenir, on verra Sticky Fingaz et Fredro Starr tenter leur chance au cinéma. Mais avec All We Got Iz Us, les rappeurs d’Onyx semblent saborder leur carrière de rappeurs grand public, tout en étant au faîte de la réussite artistique.

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