WHY? – Alopecia
Sorti le 11 mars 2008,
chez Anticon.
Ca y est, c’est la fin de l’année. Tous les blogs et tous les magazines de la planète livrent en ce moment même leur sélection pour 2008. Et souvent, régulièrement, y apparaît Alopecia, le dernier album de Why?. Comme si finalement, celui qui doit être appelé Yoni Wolf depuis que son pseudo est devenu le nom de son groupe (lequel s’est agrandi encore avec l’ajout substantiel d’Andrew Broder de Fog) était l’ultime rescapé de la vague rap indé, ce qu’il fallait en retenir, ce qui survit.
Voilà donc, semble-t-il, à quoi aura servi cette vague de rappeurs iconoclastes blancs, apparus autour du label Anticon il y a dix ans. Non pas à régénérer le rap, ne serait-ce que brièvement, comme on l’a cru. Mais au contraire, à intégrer au rock les acquis du hip-hop, à compléter ce qu’avait entrepris Beck autrefois, avec encore plus de réussite, de compétence et de naturel.
Car même si la musique de Why? n’est plus du rap, même si elle est l’héritière de l’indie rock malin et brinquebalant de Pavement et de Silver Jews (cités sur « Good Friday », et que Yoni et sa bande ont accompagnés en tournée), même si elle s’aligne sur ce qu’Andrew Broder faisait depuis longtemps avec Fog, il reste dans la façon qu’a le chanteur d’aborder ses histoires, de mélanger les références comme dans un freestyle, dans ce phrasé qui n’est jamais tout à fait un chant, quelque chose de son passé rap. Et tout cela sonne plus organique, mieux intégré que la musique bien trop riche que livre en parallèle son compère Dose One, sur les albums surchargés de Subtle.
Confrontés au talent du chanteur/rappeur, à ses textes tour à tour obtus, morbides et facétieux, au refrain irrésistible de « The Vowels Pt. 2 », à la rythmique new wave et à l’orgue indolent de « These Few Presidents », au refrain et aux « hou hous » irrésistibles de « The Hollows », au lumineux « Fatalist Palmistry », au lent et magnifique « Brook & Waxing », à l’onirique et somptueux « Torpedo Or Crohn’s », on réalise pourquoi Why? est celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu, pourquoi il est celui qui a survécu le mieux à cette vague de rappeurs indé blancs.