MEYHEM LAUREN – Respect The Fly Shit
Sorti le 28 juin 2012.
Vous avez aimé Action Bronson, par exemple son récent Blue Chips ? Vous appréciez ce son new-yorkais remis au goût, comme si la mégalopole de la Côte Est n’avait jamais cessé d’être la capitale du rap ? Alors, en toute logique, vous adorerez cette mixtape, dont l’auteur proclame d’emblée :
I ain’t bringing shit back, New-York we never left.
Meyhem Lauren est un proche d’Action Bronson, membre comme lui des Outdoorsmen. D’ailleurs, on retrouve le gros rappeur barbu sur cette sortie, et plus épisodiquement le troisième larron, Jay Steele. Mais au-delà, c’est en fait une bande entière de joyeux New-yorkais, réunis dans un hôtel à l’occasion du festival SxSW d’Austin, qui sont venus prêter main forte à l’auteur de cette mixtape.
Se retrouvent ici AG Da Coroner, Heems de Das Racist, un Smoke DZA dont le récent Rugby Thompson vaut lui aussi le détour, ce J-Love auprès duquel Meyhem Lauren a fait ses premiers pas, Roc Marciano, mais aussi Sean Price, le vétéran du Boot Camp Clik. Il y a même ce bon vieux Thirstin Howl III, le fondateur de la Lo-Life, dont on avait perdu la trace depuis les beaux jours du mouvement rap indé, au début des années 2000. De fait, Riff Raff est le seul ici à ne pas provenir de la Grosse Pomme, mais on ne regrettera pas la présence de l’irrésistible bouffon texan.
Il ne faut pas oublier de mentionner un autre New-Yorkais décisif, Harry Fraud. En plus de ses travaux remarqués pour French Montana, Wiz Khalifa, Juicy J, Rick Ross, plus récemment pour Curren$y et Isaiah Toothtaker, et pour les Action Bronson, Riff Raff et Smoke DZA susnommés, le producteur en vue de 2012 a délivré une bonne moitié des beats de Respect The Fly Shit, laissant l’autre à Tommy Mas, l’homme derrière les sons de Dr. Lecter. Et la musique de notre Blanc aux cheveux longs, justement, compte pour beaucoup dans la réussite de cette mixtape.
Sur ce projet aux paroles dures, remplies de références au sexe et à la drogue, mais dont ne sont exclus ni les considérations sociales (cf. « Pan Seared Tilapia »), ni des moments plus love (« Lets Hold Hands »), il y a bien du bon vieux boom bap comme autrefois, avec des samples aux accents soul (« Top Of The World », « Grown Man Palettes », « Radioactive Tuna »), avec des sonorités sobres et minimalistes, comme sur ce « Drug Lords » d’époque ou, côté Tommy Mas, sur « Top Of The World ». La production d’Harry Fraud, toutefois, apporte quelques agréments de plus : une guitare menaçante et un orgue lourd sur l’introductif « Fingerless Driving Gloves » ; des chœurs et d’habiles changements de percussion sur « Special Effects » ; un orgue encore, mais plus enjoué, ainsi qu’une trompette en roue libre, sur « BBQ Brisket » ; un synthé insistant sur « Juevos Rancheros ». Soient un registre large et tout plein de détails qui apportent, avec le talent des rappeurs, un petit soupçon d’actualité et de rénovation à une formule new-yorkaise éternelle.