RICH GANG – The Tour, Part 1

RICH GANG – The Tour, Part 1

Sorti le 29 septembre 2014,
chez Cash Money Records.

Un vieux briscard du rap à La Nouvelle-Orléans s’achète une nouvelle jeunesse en s’acoquinant sur une mixtape avec deux figures émergentes. Cette histoire, on la connait déjà. Elle a été celle, en 2013, du Louie V Mob, un trio formé avec Master P par Fat Trel et Alley Boy. Un an plus tard, elle est aussi celle de Birdman, qui a pris sous son aile d’homme-oiseau deux valeurs montantes du rap d’Atlanta, Rich Homie Quan et Young Thug, et qui a sorti avec eux, sous le nom de Rich Gang, un long album gratuit, The Tour Part 1. La comparaison entre les deux projets, cependant, s’arrête là.

A l’inverse de son concurrent, Birdman intervient peu dans l’histoire. Il rappe à peine sur cette mixtape. Il ne fait, pour l’essentiel, que prêter sa notoriété, son nom et celui du Rich Gang (en 2013, c’est l’ensemble de l’écurie Cash Money / Young Money qui a été baptisée ainsi) aux deux autres. Pour l’essentiel, The Tour Part 1 est leur affaire, et celle de London On Da Track, qui en produit l’essentiel. Rich Homie Quan et Young Thug y déploient les styles par lesquels ils se sont fait respectivement connaitre, deux styles emblématiques du rap contemporain : un rappé-chanté à la Future pour le premier (le formidable « War Ready », « Hate I » et « Everything I Got »), et une post-trap allumée pour le second (« See You », l’excellent « 730 », « Pull Up », « Who’s On Top »), empiétant parfois l’un sur le territoire de l’autre, comme sur le quasi-tube « Flava ».

Si quelques thèmes se dégagent de l’album, celui, classique, du délire nouveau riche, ou encore l’amour des rappeurs pour les bitches, c’est surtout par la forme que les deux hommes s’illustrent. Qu’ils s’expriment sur le même titre ou sur des morceaux solo, ils se complètent à merveille. Mais bien sûr, celui qu’on remarque le plus sur cette mixtape, c’est aussi celui qui surnage dans le paysage rap actuel avec son style imprévisible : à savoir Young Thug. Cependant, ce n’est pas le même Young Thug que d’habitude que l’on entend, celui de 1017 Thug, ni celui que l’on entendait rivaliser d’absurdités avec un autre détraqué, Bloody Jay, sur la mixtape Black Portland.

Non, c’est au contraire un Young Thug domestiqué, apprivoisé, presque calme, que Birdman parraine ici ; un Young Thug en sourdine, en retenue. Un Young Thug qui, alors que sa notoriété ne cesse de grandir, ne veut plus effaroucher le grand public avec ces manières de grande folle hystérique qui font douter certains de son orientation sexuelle. Ici, son côté déjanté et ses raps de fous furieux qui vous sautent à la gorge pourraient manquer. Et de fait, des titres creux sont présents ici, surtout dans la seconde moitié. Mais à bien écouter, l’incroyable versatilité de Young Thug affleure toujours. Le rappeur le plus inspiré de notre temps ne s’affadit qu’en partie, sur cette mixtape parfois trop propre et un chouia trop longue, mais forte de grands moments. Il ne fait que nous délivrer, une fois encore, une nouvelle facette de lui-même : sa facette la plus pop.

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