PNL – Dans la légende
Sorti le 16 septembre 2016,
chez QLF Records.
Il semble, album après album, que nous rapprochons du cœur de la machine PNL, que nous sommes tout près d’atteindre sa substantifique moelle. Le premier, Que La Famille, dévoilait déjà ce spleen du dealer, souvent interprété à l’Auto-Tune, qui est l’ossature de leur formule. Mais l’amateur de rap français pouvaient encore y trouver ses marques. Le monde chico, quant à lui, se concentrait sur l’essentiel. Il amplifiait le blues des frères par une musique planante, en devenant quasi uniformément cloud rap. Cette évolution, Dans la légende la mène à son terme. Le troisième album, celui du triomphe, celui de la conquête définitive d’une très large audience, franchit un autre palier. Il s’affranchit encore plus de ce que, en France, la plupart entendent par « rap ».
Autrefois, certains ont espéré que le rap s’émancipe de ses paroles les plus sulfureuses, graveleuses ou dangereuses, pour que ne ressorte plus que l’originalité de ses formes. Ils doivent être bien déçus, aujourd’hui, car il s’est passé tout le contraire. Ce que montre PNL, c’est que le vocabulaire des cités s’est imposé, mais que, plutôt que de persévérer dans la sècheresse et la dureté, le rap a investi le pré-carré de la variété : refrains chantés, paroles reposant sur des évocations plutôt que sur des punchlines, mélodie et mollesse de la musique, extrême sensibilité (avec leurs cœurs de dealers, les PNL n’ont jamais su dire « je t’aime »). Ademo et N.O.S s’autorisent même les fantaisies d’une ritournelle avec guitare latine (« Luz de luna ») et d’une autre aux accents caribéens (« Bené »), toutes deux aussi suaves que sucrées, et plutôt abouties.
Ces morceaux, cependant, sont des exceptions. Pour l’essentiel, Dans la légende est un bloc, homogène et monolithique : toujours plus éthéré, toujours plus désespéré. Les deux frères investissent encore leur thème central, le deal de drogue, avec cet escapisme peu convaincu qui se traduit par des envies de voyages interplanétaires, avec un aquoibonisme qui leur vaut d’être considérés, à tort ou à raison, comme les représentants d’une jeunesse apathique et désengagée. Et l’ensemble est exploité de manière toujours plus abstraite et plus évanescente, via des bribes de pensées et des allusions à la pop et à la nerd culture (animés, sport, jeux vidéos, etc.). Tout juste observe-t-on l’émergence timide de deux sujets inédits chez PNL : le succès, et les filles.
Comme le présageait la vidéo de « La vie est belle », où ses mises en scène aux quatre coins de la planète prenaient un tour très National Geographic, le duo ne fait qu’affiner la formule qui l’a déjà fait gagner. Il vit sur ses acquis. Pour autant, pas d’auto-caricature. Il y a toujours de l’épaisseur chez PNL, des paroles, parfois même des onomatopées, qui leur sortent des entrailles, et des sons qui vous saisissent la gorge. D’emblée, la mélancolie puissante de « Da » le démontre. Plus tard, avec « Tu sais pas » et « Humain », on retrouve le PNL possédé de l’album d’avant. Certains des titres les plus posés, comme « Bambina » et « Onizuka », approchent l’excellence. Et que dire du splendide « Jusqu’au dernier gramme », où se trouve concentrée toute la philosophie du duo :
Igo la vie est moche,
Donc on l’a maquillée avec des mensonges.
Avec un finale de cet acabit, nul besoin de courir après les versions rose et orange de l’album, qui l’augmentent chacune d’un titre bonus distinct. Il vaut mieux finir l’écoute sur ce morceau.
Ces grands moments intenses sont moins visibles que sur Le monde chico. Ils sont fondus dans une grosse masse de neurasthénie. Mais cela n’a rien freiné du phénomène, qui a atteint des niveaux stratosphériques à la rentrée, quand cet album est sorti. Désormais, même ton grand-père connaît PNL. Et les révélations sur leur filiation (pour mémoire, leur père serait René Andrieu, un ancien gangster lié à l’industriel Serge Dassault) ont relancé de plus belle les théories complotistes à leur sujet, lesquelles contribuent à l’hystérie médiatique depuis le tout début de leur carrière.
N.O.S et Ademo sont entrés dans la légende, donc. Mais il y a de cela plusieurs mois. Bien avant cet album réussi, le plus pur, le plus essentiellement eux, mais pas nécessairement le plus grand.