LIL KEED – Long Live Mexico

LIL KEED – Long Live Mexico

Sorti le 14 juin 2019,
chez YSL Records et 300 Entertainment.

Raqhid Render vient de Cleveland Avenue, la rue où a grandi Young Thug. Aussi celui qui se fera bientôt appeler Lil Keed a-t-il marché sur les pas de son aîné quand, sonné par la mort de son ami Rudy, il s’est mis à prendre le rap au sérieux. Naturellement, ce voisin a été le modèle à suivre.

Ce jeune homme né en 1998 l’a reconnu : pour lui, T.I., c’est de la préhistoire. Sa définition du rap, sa vision de la trap music, il l’a acquise à travers Thugger. C’est ce qu’a démontré « Blicky Blicky », le morceau qui l’a fait connaître dans les clubs, puis ses mixtapes Trapped On Cleveland 2 et Keed Talk To ‘Em. Et au terme de tout cela, ce qui devait arriver est arrivé : Young Thug lui-même s’est amouraché de son disciple et il lui a offert une place sur son label, Young Stoner Life Records.

Ce Long Live Mexico riche en collaborateurs (de Lil Uzi Vert à YNW Melly, en passant par son propre frère Lil Gotit) est le premier album de Lil Keed. Et il est le résultat de cette association entre les deux hommes de Cleveland Avenue. Le mimétisme est flagrant. Sur les flûtes et les mélodies évaporées qui caractérisent la trap music tardive, Lil Keed se livre aux mêmes acrobaties verbales et à la même folie maîtrisée que le Young Thug de l’après Barter 6. Le seul trait distinctif est, pour le nouveau-venu, un timbre plus systématiquement haut-perché que celui de son mentor.

Au-delà du seul Lil Keed, c’est toute une école qui se manifeste sur cet album. On y trouve un autre élève de Young Thug, Gunna, sa compagne Karlae, et leur mentor intervient sur « Million Dollar Mansion » et « Proud Of Me ». Niveau paroles aussi, la similitude est confondante. Lil Keed singe Young Thug, il le cite même, détournant des mots de l’emblématique « Check », sur « Child ».

Contrairement à ce que laisse penser le titre et la pochette, il ne s’agit pas d’un album engagé en faveur d’un pays récemment malmené par le président américain. Mexico, c’est en fait un proche de Lil Keed mort plus tôt cette année, quand le rappeur était en tournée. Ici, l’intéressé ne tient pas un discours articulé. Loin de là, il divague. Il rappe en roue libre. Il s’exprime par association d’idées. Ses chansons exaltent la réussite matérielle et sexuelle, et elles citent à foison les grandes marques. Ce sont des rengaines sur la drogue, à propos de filles sous drogue ou de rockstars sous drogue, rappées par quelqu’un qui paraît lui-même sous l’emprise de substances illicites.

L’ennui s’installe parfois, avec cette déclinaison molle de la trap music qui domine et qui mine désormais Atlanta. La lassitude menace. Mais parfois, c’est digne du maître. Dans ses moments habités, comme « Anybody » avec Gunna et Lil Duke, « Rockstar » avec NAV, la chanson d’amour et de sexe « Ride Wit You », « Snake » et sa guitare country, ainsi que ce finale plus relevé qu’est le duo « Proud Of Me », Lil Keed se hisse à sa hauteur. Si l’importance d’un artiste s’estime par le nombre de ses disciples, alors celle de Young Thug est acquise. Si sa supériorité s’évalue par la qualité de ces suiveurs, alors, à écouter ce Lil Keed, celle de Thugger est pour toujours indéniable.

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