O.C. – Word… Life

O.C. – Word… Life

Sorti le 18 octobre 1994,
chez Wild Pitch Records.

En 1991, le premier album (et premier classique) du duo Organized Konfusion n’a qu’un invité : O.C. Et trois ans après sur le second, le rappeur de Brooklyn apparaît encore. Omar Credle (son pseudo, c’est juste ses initiales) n’est pourtant pas que le protégé de Prince Poetry et de Pharoahe Monch. Il est aussi celui de MC Serch, qui le fait signer sur Wild Pitch. Et quand il rencontre Lord Finesse et Buckwild, il rejoint D.I.T.C., le collectif légendaire de cette époque dorée du rap new-yorkais.

En 1994, on retrouve toute cette fine équipe (Buckwild, Lord Finesse, Organized Konfusion) à la production de son premier album. Word… Life, c’est son nom, est alors porté par un single historique, « Time’s Up », qui s’en prend vertement à l’industrie du disque et à ses contemporains, les provocateurs d’opérette du grand barnum hip-hop. Sur ce titre, O.C. prétend préférer le respect à l’argent, édictant la doctrine qui guidera d’ici peu la mouvance rap indé. Et il enfonce le clou sur la première plage, « Creative Control », quand il dit refuser de céder aux injonctions de l’industrie.

Cela se traduit par un album qui, comme ceux d’Organized Konfusion, privilégie la démarche artistique et emploie des mots compliqués, mais sans cesser d’être intelligible, éloquent, voire franchement offensif, de mettre en valeur les compétences « lyricales » et d’avoir un certain nombre de messages à transmettre. Sur « Word… Life », en complément de « Time’s Up »., O.C. s’attaque à « ces clowns qui font du hip-hop un cirque ». Il prend le machisme à contrepied, se dépeignant sur « Ga Head » en amant trompé par une compagne qui lui préfère les femmes. Il se montre engagé quand il vilipende le biais raciste de la police sur « Constables ». Et ses histoires de gangster à lui finissent très mal, par la torture de la famille d’un délinquant sur « Story ».

O.C. n’oublie pas non plus les autres disciplines du hip-hop, notamment le deejaying, Roc Raida gratifiant l’album de quelques scratches. Et sa préoccupation esthétique se traduit par une production sobre et par une fine science du sample, que celui-ci vienne de l’héritage musical afro-américain (Roy Ayers, Jimmy McGriff), ou de pairs tels que KRS-One sur « Constables », Slick Rick sur « Time’s Up » (un titre dont le « non-conceptual, non-exceptional » sera lui-même maintes fois samplé), et sur l’excellent « O-Zone », Mobb Deep, alors que le duo est encore méconnu.

Armé de tout cela, Word… Life pourrait aisément prétendre être un classique du rap. Il s’en est même fallu de peu pour qu’O.C. soit devenu Nas à la place de Nas, et cet album un autre Illmatic. Les points communs sont nombreux : une sortie en cette année 1994 décisive pour la renaissance du rap new-yorkais, un format ramassé, des invités restreints, un boom bap jazzy et délicat, un brin de réalisme social nourri d’éléments biographiques, de la philosophie de rue (l’un pense que la vie est une chienne, l’autre dit qu’elle est trop courte d’après le très abouti « Born 2 Live »), le parrainage de MC Serch, et la présence d’un parent (le papa de Nas sur « Life’s A Bitch », la maman d’O.C. sur « Ma Dukes »). Nas, se dit-il, aurait même dû contribuer à ce Word… Life.

Cependant, contrairement au compact Illmatic, cet album s’essouffle après son départ canon. Et puis, il n’y aura pas de It Was Written pour rattraper le coup auprès du grand public. A sa place viendra Jewelz, un album parfois considéré comme un autre classique, mais plus confidentiel. Car O.C., conformément à ses mots sur « Time’s Up », aura préféré la considération au succès.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *