DRAKE – Nothing Was The Same

DRAKE – Nothing Was The Same

Sorti le 24 septembre 2013,
chez OVO Sound, Young Money Entertainment, Cash Money Records et Republic Records.

Oui, d’accord, c’est Drake. Pendant plus d’une heure, donc, ce sont des pleurnicheries, des chialeries et des lamentations, déclamées par sa voix aigrelette de caneton faussement triste sur une musique doucereuse et molle. Ce sont parfois les thèmes du rap, mais accaparés par un type qui n’a rien à voir avec, comme quand cette ancienne star de série télé prétend qu’il est parti de rien (« Started From The Bottom »), quand ce Canadien revendique fièrement son lien avec Houston (« Too Much »), et quand le moi-je de l’égo-trip devient, dans sa bouche, des confessions nombrilistes sans humour, plutôt qu’un prétexte à de savoureux jeux de langage et à de délicieuses provocations. Ce sont mille raisons de vouloir lui donner des baffes. Et des bien grosses.

Nothing Was The Same, c’est un journal intime qui nous raconte les relations de Drake avec sa mère, avec son père, avec son oncle, et puis surtout avec ses ex, des histoires dont on n’a franchement et strictement rien à cirer. Et pourtant, sorti en au faîte de son triomphe critique et commercial, ce troisième opus vise aussi autre chose. Comme annoncé par « The Motion », ce beau titre sorti au préalable (puis ajouté à la fin de la version Deluxe) et où Drake le chanteur et Drake le rappeur s’équilibrent parfaitement, c’est le dernier des deux qui cherche à s’affirmer ici.

Nothing Was The Same se veut l’album rap du Canadien. Le plus abrupt, le plus rêche, le plus sombre, par instants. Celui qu’il place sous le patronage du Wu-Tang, carrément, référencés sur « Wu-Tang Forever » (quand bien même ce morceau n’évoque en rien le groupe de Staten Island), et samplé une autre fois sur « Pound Cake ». Celui où il cherche vraiment à rapper, comme sur ce qui est, à mon humble avis, le tout meilleur morceau de Drake. Ce revanchard « Worst Behavior » est un vrai titre de rap, extraits de « Mo Money Mo Problems » à l’appui, mais auquel DJ Dahi donne un tour presque expérimental avec ses samples bizarres et ses étranges percussions trap.

Expérimental, en réalité, c’est presque tout l’album qui l’est. Et c’est au fond ce qu’il a de plus remarquable. Sur la longue durée de cette sortie dont il est à peu près l’unique rappeur (Jay-Z et Birdman sont les seuls invités, plus 2 Chainz et Big Sean dans sa version Deluxe), Drake et son principal producteur Noah « 40 » Shebib nous embarquent dans des compositions lascives, apathiques, amélodiques et souvent longues, avec parfois plusieurs mouvements et aucun refrain. Et cela, insolemment, dès l’introductif « Tuscan Leather ». En réalité, cette musique est assez étonnante pour une sortie aussi grand public et supposément gorgée de singles à succès.

C’est mou, c’est long, c’est contemplatif et c’est parfois minimaliste. Ça l’est quand Drake s’engage dans des virées introspectives, telles que « Too Much », avec le chant évaporé de Sampha, mais aussi quand il part dans les pires vantardises, comme sur « Started From The Bottom », quand il la ramène et qu’il cherche à s’affirmer comme un rappeur, sur « The Language » ou quand il s’adonne à un autre braggadocio avec 2 Chainz et Big Sean sur « All Me ». C’est une drôle de mélasse que cette musique, lorsque Drake nous raconte l’histoire d’une strip-teaseuse sur le simili chopped & screwed de  » 305 To My City » ou que l’ennuyeuse collaboration avec Jay-Z, « Pound Cake », se déroule sur un chant féminin évanescent (avec en prime un sample de « C.R.E.A.M. »).

Le joli titre pop « Hold On, We’re Going Home » excepté, ce longuet Nothing Was The Same est fait d’une musique nébuleuse et indéfinie. Laquelle, au bout du compte, convient aux confessions de Drake. Laquelle nous emporte exactement là où cette personnalité égotique souhaite nous emmener : dans les méandres de ses pensées. Cet album, on hésite à le ranger parmi les classiques du rap, ceux qui, comme la pochette signée Kadir Nelson, arborent le portrait d’un enfant. Néanmoins, ce long soufflé pourrait être le meilleur album de l’insupportable Canadien.

Acheter cet album

PS : ci-dessous, l’autre pochette de l’album.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *