JIM LEGXACY – Black British Music

JIM LEGXACY – Black British Music

Sorti le 18 juillet 2025
chez XL Recordings.

Black British Music, la première « mixtape » depuis que Jim Legxacy a rejoint XL Recordings, s’est retrouvée en bonne place, en 2025, dans les classements rap de fin d’année. Mais du rap, ça n’en est qu’en partie, et sous une forme chantonnée bizarre. Pour l’essentiel, comme le suggère le titre, c’est plus large. L’Anglais est arrivé au rap grâce à Kanye West, et comme lui, il n’a que faire des cadres et des catégories. Il y a chez lui des traces de grime, de dancehall, d’afrobeats, de R&B, de pop et d’indie rock. Il explore, il se renouvelle. Un titre le présente comme un « new david bowie ».

She don’t like no rapper,
So told her I’m a singer.

Elle aime pas les rappeurs,
Alors je lui dis que je suis chanteur.

… dit-il, sur le morceau en question. Jim Legxacy n’est pas un puriste comme les backpackers qu’il cite sur le même titre. Il emploiera tous les artifices pour passer son message. Il affirme aussi :

On the block I was listening to Mitski.

Dans le quartier j’écoutais du Mitski.

Issu de « father », un titre où le « rappeur » se lamente de l’absence de son père, ce vers est le plus commenté de Black British Music. Il dit tout de son auteur. De sa musique, mais aussi de sa nature sensible. Jim Legxacy, en effet, est aussi introspectif que son collaborateur Dave, sur le très beau morceau qu’ils partagent « 3x », comme en général. Il se confie à propos de sa faiblesse sentimentale envers les filles (« sos ») et du lourd poids de l’existence (« dexters phone call »). Il parle de fragilité sur « issues of trust », accompagné d’une guitare sèche et de cordes qui n’ont rien, mais alors rien de hip-hop. C’est une vulnérabilité qui s’explique d’autant mieux que Jim Legxacy a traversé pour de bon tous ces drames familiaux (la mort de sa sœur, la maladie de sa mère, la fragilité mentale de son frère, une vie de SDF…) qu’il énumère sur l’introductif « context ».

Le rap est loin. Ce que Jim Legxacy nous apporte est nettement plus large. C’est de la Great Black Music à la sauce britannique. Après le trip hop, après le grime, après la UK drill, il fait ici ce que l’Angleterre a toujours fait de mieux : garder l’oreille collée sur la grande sono américaine, étreindre ce qui en sort amoureusement, s’en imprégner, le malaxer et le changer en autre chose d’aussi bien. Le grand frère d’Outre-Atlantique est bien là, comme avec le chipmunk soul très Kanye et les « damn son » à la mode mixtape de « father », mais par bribes, par échos et par réminiscences.

Plus que des sons afro-américains appropriés par un Anglais, c’est de la musique britannique interprétée par un Noir. Ce que partage cet artiste d’origine nigériane qu’est James Olaloye, c’est son expérience d’Anglais né avec une peau noire. C’est sa reconnaissance pour une longue lignée de rappeurs anglais cités ici et là : J Hus, Skepta, Giggs, Dave et d’autres. Cette attache nationale paradoxale transparait quand il cite le Wayne Rooney de 2006 tout en flirtant avec la brit pop, sur un refrain qui recycle le tube américain « Hey Ya », d’André 3000 (« ’06 wayne rooney »).

Cette Black British Music n’est pas un concept neuf. Il a été exploré dans quelques livres, le Sounds Like London de Lloyd Bradley, ou le Black British Culture And Society compilé par Kwesi Owusu. Mais avec la « mixtape » qui porte son nom, Jim Legxacy lui apporte son manifeste.

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