IDK – e.t.d.s. A Mixtape by .idk.
Sorti le 23 janvier 2026.
Ignorantly Delivering Knowledge. Voici ce que l’acronyme IDK signifie. Le rappeur du Maryland concilie donc les deux raps. Le pédant, l’intellectuel, celui qui professe et qui délivre des leçons. Et l’immoral, le nihiliste, le populiste, celui qui, contre toute apparence, en donne pour de bon. Depuis ses débuts il y a environ dix ans, il convoque sur ses albums toutes les écoles et toutes les générations de rap. Il invite tout le monde, absolument tous, à partager son micro. Chief Keef, MF Doom, Denzel Curry, Joey Bada$$, Juicy J, Burna Boy, Maxo Kream, Rico Nasty, Snoop Dogg, Benny the Butcher, Rich the Kid, Del et même Slick Rick, entre autres, ont croisé le fer avec lui.
Sa dernière sortie, Even The Devil Smiles (c’est ce que signifie l’acronyme E.T.D.S.) continue sur cette lancée post-moderne, transgénérationnelle et éclectique. Y sont conviés Black Thought, Joey Valence & Brae, Pusha T, RZA et même, de façon posthume, DMX, et MF Doom encore. Cependant, ici, IDK s’attarde sur une face de son rap : la diabolique, la gangsta, Dès le premier vrai titre de l’album, « Halo », il évoque son passif criminel certifié, celui qui l’a emmené en prison autrefois, et qui l’aurait retenu là jusqu’à aujourd’hui, s’il n’avait obtenu une libération anticipée.
Ici, il le dit sur « DEViL », c’est le « I » d’IDK qui s’exprime. C’est le rappeur ignorant, le nihiliste préoccupé de sexe, de violence, d’argent et de confrontation avec la police. Son école de rap, c’est la G-Unit du début des années 2000. 50 Cent et ses proches, Eminem, The Game, sont cités sur ce même sur « DEViL » et son compère le DJ Whoo Kid est convoqué tout au long de cette sortie qui se veut un écho aux mixtapes d’alors, avec le « Damn, son, where’d you find this? » qui va bien.
Mais l’esthétique mixtape n’est qu’un paravent. E.T.D.S. est en réalité un vrai album, avec sa belle brochette de stars et de producteurs de choix (Madlib, Conductor Williams, No ID, Kaytranada). C’est une musique grand écran, arty et sophistiquée, avec plein de choses dedans : un peu de cette gaminerie d’adultes qu’on appelle l’expérimentation (« Cell Block Freestyle »), par exemple, un moment reggae (« P.O. »), et même de la drum’n’bass (« STiGMA »), un style qu’on entend à nouveau beaucoup sur des albums de rap, délivré ici par une star historique du genre, Goldie.
Quant aux paroles fières du méchant IDK, elle ne sont finalement pas dénuées de morale. La prison peut anéantir une vie sentimentale, nous dit l’histoire contée par « MiSOGYNISTICAL ». La posture gangsta pourrait n’être au fond qu’un numéro, d’après « Everyone Knows ». Et puis il y a cette vieille idée, selon laquelle le criminel ne serait que le produit de son environnement difficile (« Scrambled Egs – TBC »). Sa sagesse, son « knowledge », IDK l’ignorant n’a pas renoncé à la dispenser, sur cette courte et fausse mixtape qui pourrait bien être ce qu’il a fait de mieux.