DOC DELAY – REM Sleep II
Sorti en 2010,
chez Six Ton Armor.
Ce qui est bien avec le hip-hop, c’est que chaque discipline peut devenir un genre en soi. C’est le cas du graph et de la danse, bien sûr, mais cela s’applique aussi à la facette musicale. Au besoin, les rappeurs vont se focaliser sur du spoken word ou sur les onomatopées du beatboxing. Quant aux DJs, ils peuvent se lancer dans une carrière de turntablists, ou bien, plutôt que de mettre en valeur leur adresse aux platines, exploiter leur habileté à trouver dans une pile de vieux disques le sample ou la boucle qui fait mouche, pour se concentrer sur cette activité de cratedigger.
C’est le choix effectué par le DJ Doc Delay avec ce bel objet qu’est le mix CD REM Sleep, deuxième du nom, originellement proposé sur son blog et sorti sur disque par les Français de Six Ton Armor. Il n’y a pas grand-chose de hip-hop ici, hormis une poignée de scratches de transition sur la quatrième plage. Mais il y a un talent certain pour offrir de nouveaux atours musicaux aux perles d’un passé oublié. Le résultat est d’autant plus admirable que Doc Delay s’est cantonné à un genre, le rock psychédélique de la fin des années 60, et qu’il en a privilégié des artistes obscurs.
Sur ce mix, les plus illustres sont les Silver Apples, plutôt méconnaissables. Mais qui a entendu parler des autres ? Outre de fins connaisseurs prêts à mettre des fortunes dans des raretés, combien peuvent se targuer d’avoir des disques de cette Beacon Street Union qui avait voulu changer Boston en San Francisco, de ce Feed-Back qui serait un projet annexe d’Ennio Morricone, ou de ces Chrysalis qui étaient proches de Zappa ? Et que dire de ce Nostradamus, de ce Weekend qui n’était manifestement pas celui d’Alison Statton, et du Coréen San Ul Lim ?
Doc Delay est allé chercher loin, en dehors même du monde anglo-saxon, pour alimenter son mix. L’Italie et la Corée ont été explorées, on vient de le dire, mais aussi la Suède avec Dungen, groupe plus contemporain, mais qui ne dépareille pas sur ce disque toujours psychédélique et jamais hors-sujet, fait tout entier de solos de guitare hallucinés, d’orgues éthérées, de violons exaltés, de mellotrons audacieux, de voix trafiquée, de chœurs vaporeux ou de spoken word cosmique.
Tout cela se tient. Tout cela fait de ce mix un bon album en soi, en plus d’un bel objet et d’une remarquable anthologie du rock psychédélique, d’une incitation à creuser plus profond que ces merveilles que sont les « Kamala » de D.R. Hooker, le « April Grove » de Chrysalis, le « Good Bye » de Merkin Manor, et le folk du « Sandman » de Jim Sullivan, à en découvrir les albums originaux. En attendant de mettre la main sur ces derniers, hâtez-vous de récupérer un des exemplaires de REM Sleep II, avant que ce disque en édition limitée ne soit à son tour un collector introuvable.