BRAND NUBIAN – One For All

BRAND NUBIAN – One For All

Sorti le 4 décembre 1990,
chez Elektra Records.

De longues années après sa sortie, il y a deux façons d’aborder le premier Brand Nubian : on peut le voir comme une bouteille à moitié vide, ou à moitié pleine. Classé parmi les 100 incontournables du rap de The Source, deuxième meilleur album de l’année 1990 selon l‘Ego Trip’s Book Of Rap Lists, ce classique a enrichi la thématique afro-centrique de l’époque, il a affirmé plus haut la fierté noire et il a contribué à promouvoir la rhétorique de la Nation des Cinq Pour Cent, une philosophie dissidente de la Nation of Islam que nombre de rappeurs, de Rakim au Wu-Tang, auront fait leur.

Cependant, One For All n’a pas très bien vieilli. Assurée par les rappeurs eux-mêmes et par quelques collaborateurs, la production semble indigente aujourd’hui, même agrémentée des scratches de DJ Alamo. Ces boucles funk convenues ne parviennent pas toujours à pimenter des plages comme « Ragtime », « To The Right » et « Step To The Rear », elles les gâchent même.

Dommage, car côté bouteille à moitié pleine, se distinguent toujours les flows plastiques et joueurs de Lord Jamar, Grand Puba et Sadat X, leur rap truculent, malin et sautillant, à leur sommet dès « All For One ». Le groupe de New Rochelle, une ville près de New York, se démarque aussi par sa créativité, avec ses sons organiques et ses excursions dans d’autres genres. Ainsi le frénétique « Dance To My Ministry » a-t-il un petit air afro-beat (même si le sample est d’Earth, Wind & Fire), « Try to Do Me » flirte-t-il avec la New Jack avec ses chœurs sirupeux, « Brand Nubian » sonne-t-il p-funk, « Who Can Get Busy Like This Man » lorgne-t-il du côté du reggae et « Drop The Bomb » vers les musiques de danse, avec sa rythmique infernale dénichée du côté de Kool & the Gang.

Cette inventivité et cette diversité sont cousines proches des Native Tongues, quand tout cela se mâtine d’humour et de bonnes vibrations funky. Mais les Brand Nubians peuvent aussi se montrer plus puissants, plus agressifs, plus durs politiquement, comme avec « Wake Up » et l’incendiaire « Drop the Bomp ». Ils peuvent être plus noirs, aussi, comme avec le magnifique « Slow Down », où il est question de crack, de vénalité et de filles perdues, un morceau de rap « conscient » comme on n’en fait plus, la gemme de l’album, l’un de ceux qui font un classique de One For All.

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