BLUE SKY BLACK DEATH – Third Party
Sorti le 7 septembre 2010,
chez Fake Four Inc.
Cela devait arriver. A force de marier les bidouillages hérités du hip-hop aux chansons mélodieuses et fragiles de l’indie rock, le rap indépendant a fini par réinventer la pop synthétique des années 80. C’est en tout cas l’impression qui domine à l’écoute de Third Party, un nouvel album du duo de beatmakers Blue Sky Black Death, celui qui, après avoir côtoyé Guru (R.I.P.), Jus Allah, Jean Grae, Mike Ladd, Rob Sonic, Myka 9, Awol One et Holocaust du Wu-Tang Clan, s’acoquine pour sa première sortie chez Fake Four avec un artiste maison, Alexander Chen de Boy In Static.
Ian Taggart (alias Young God) et Kingston Maguire (alias Kingston) nous avaient habitués à des collaborations diverses, allant d’artistes reconnus à d’autres dénichés au fond du gouffre, en passant par l’intelligentsia hip-hop underground. Mais jusqu’ici, ils n’avaient côtoyé que des rappeurs. Cette fois, pourtant, ça change. Ce sont de jolis chants peu assurés que nos deux hommes se sont décidés à produire, avec Chen en guise de troisième larron, de third party.
A propos de ce disque, on a entendu parler de shoegaze, et il est vrai que les chants évanescents rappellent ce genre par instants. Mais c’est plutôt à un style plus ancien, à la synth pop propre sur elle des années 80, que ce Third Party semble appartenir. Même les instrumentaux comme « Set Fire » ont ce côté gentiment rétro, désuet même, qui nous ramène au début de la décennie 80, ou aux heures qui ont précédé la techno (cf. les notes introductives de « Threads Of Gold »).
Comme ils nous l’ont prouvé depuis A Heap Of Broken Images, nos deux amis sont de fins musiciens, et ils ne semblent pas perturbés par leur changement de registre. Comme avec Boy in Static, la voix ténue et délicate d’Alexander Chen nous emmène parfois aux limites extrêmes de ce genre fade que l’indie pop est devenue. Mais avec les nappes de « Carl Sagan », avec un « Institution » tout à la fois mélancolique et enjoué, dans la tonalité douce amère qui domine l’album, et avec cet atmosphérique et répétitif « Rerun » où les paroles de Chen ne sont plus que mantras, la belle ouvrage des producteurs maintient ce Third Party du bon côté de la barrière.