BEASTIE BOYS – Paul’s Boutique
Sorti le 25 juillet 1989,
chez Capitol Records.
Trois ans après le succès phénoménal de Licensed To Ill, les Beastie Boys auraient pu rester prisonniers de leur rap de vilains garnements et, après avoir pourtant contribué à son succès, être dépassés par l’évolution du hip-hop. D’ailleurs, tout ne va pas pour le mieux pour eux en 1989 : ils viennent de quitter Def Jam et d’entrer en conflit avec ses managers. Cependant, relocalisés de New-York à Los Angeles, aidés à la production par Matt Dike et les Dust Brothers, et grâce à l’argent de leur nouveau label, Capitol, ils se consacrent à un considérable travail de studio, réorientant radicalement leur formule, et sortant ainsi leur œuvre la plus révérée par la critique.
Ce second album est presque un fiasco commercial. Seul le single « Hey Ladies » atteint les charts, à une décevante trente-sixième place, malgré des retours favorables, notamment celui de Rolling Stone. Le magazine ose alors une comparaison audacieuse entre ce Paul’s Boutique et Pet Sounds, le chef d’œuvre des Beach Boys. Il en vante la même inventivité, la même transfiguration d’un groupe autrefois calibré pour plaire aux teenagers, le même changement de voie radical.
Dès l’intro cool et funky de « To All The Girls », contrepoint parfait de celle, dévastatrice, de Licensed To Ill, le changement est patent. Cool et funky, Paul’s Boutique l’est de bout en bout, même quand le trio est aussi braillard qu’antan (« Shake Your Rump », « Shadrach », « Hey Ladies »). Seul « Looking Down The Barrel Of A Gun » compte encore des riffs hard rock. Pour l’essentiel, c’est un groove débridé et rétro, qui jongle avec la pop culture et des absurdités joyeuses, tels le délire country « 5-Piece Chicken Dinner », le faussement cool « Car Thief » et la comptine « Sounds Of Science », perdue au milieu d’une pluie de beats, de samples et de flow.
Sur ce disque alambiqué, les Beastie Boys varient les rythmes (« Johnny Ryall »), ils accompagnent leur musique d’intermèdes parlés, la parsèment d’extraits de BO kitsch (« Egg Man ») et d’effets psychédéliques (« High Plains Drifter »), et ils recourent abondamment aux scratches (« 3-Minute Rule »). Ils ne perdent pourtant pas de vue les gimmicks du rap des premiers temps (« What Comes Around »), donnant même dans un phrasé old school au beau milieu du gargantuesque pot-pourri « B-Boy Bouillabaisse », un dernier titre fleuve, où ils s’essaient à tous les styles, annonçant l’éclectisme encore plus radical d’un futur album, Check Your Head, où ils renoueront avec leur passé rock et se réinventeront une troisième fois.