THEM (THEMSELVES) – Them
Sorti le 13 juin 2000,
cheez Anticon.
I’m afraid we’ll have to innovate.
J’ai peur que nous ne devions innover.
… déclarait Dose One sur « It’s Them », l’un des meilleurs titres de Music For The Advancement Of Hip Hop, la compilation manifeste qu’Anticon a sorti en 1999. Ce n’était pas un vain mot. Et la pochette à l’esthétique heavy metal de leur premier album (doublé d’une toute aussi inattendue imagerie fantasy ailleurs sur le disque), une collection de leurs travaux de la fin des années 90, enfonce le clou. Il est vite évident que le rap des futurs Themselves n’est pas très habituel.
A cette époque, Adam « Doseone » Drucker et Jeffrey « Jel » Logan (qui se sont liés quelques années plus tôt via la radio de la Northwestern University, où le second travaille) font encore du rap. Les expériences ne sont pas aussi extrêmes qu’avec cLOUDDEAD, et ils n’ont pas viré indie rock. Pas encore. Cela n’arrivera que quelques années plus tard, avec 13 & God, leur alliance avec les Allemands de The Notwist, puis avec le combo Subtle. Mais déjà, les compères s’emploient à pousser les vieux murs et les meubles encombrants qui embarrassent le hip-hop, ils le confrontent à des sons très inhabituels, ils lui font subir des contorsions aussi acrobatiques qu’inédites.
D’abord, il y a les raps de Dose, fantasques et obtus, une poésie abstraite déclamée avec la voix nasale d’un homme-enfant possédé, récitée sur un rythme virevoltant. S’ajoute à cela le travail musical de Jel, parfois épaulé par Moodswing9, par J. Rawls et par les cuts de Mr. Dibbs. A l’aide de sa SP1200, le beatmaker s’émancipe de la dictature de la boucle, il multiplie les ruptures, les cassures et les ambiances, à l’avenant du flow et des paroles imprévisibles du rappeur.
Quelques-unes des expériences tentées par les deux hommes font long feu, certains titres tombent à plat, comme « Lyrical Coungel », avec Sole et The Pedestrian. Mais d’autres, pourvu que l’auditeur ait les idées larges et les oreilles grandes ouvertes, frôlent le jouissif, comme le mélancolique « Grass Skirt & Fruit Hart », le single « Joyful Toy Of A 1001 Faces », très accrocheur avec ses lalalas éthérés et, plus encore le titre conclusif, l’épique « It’s Them » déjà mentionné.
Sur tout un disque, ceux qui s’appellent encore Them (le nom Themselves, choisi pour éviter la confusion avec le vieux groupe de Van Morrison, ne viendra qu’avec le second album, puis avec la réédition du premier en 2003) donnent corps à la volonté affichée par toute la bande d’Anticon avec les titres ronflants de ses compilations : ils oeuvrent à l’avancement du hip-hop, l’emportant avec succès vers des sphères qui lui sont avant inconnues, insoupçonnées ou interdites.