KOSTARS – Klassics With A « K »
Sorti le 29 avril 1996,
chez Grand Royal Records.
Certains parrainages sont aussi encombrants qu’utiles. Parce qu’une de leurs membres, Kate Schellenbach, fut la batteuse du trio quand il faisait du punk, parce qu’elles ont été l’une des premières références du label Grand Royal, et parce que leur hip-hop malin qui plaisait aux adeptes de rock alternatif évoquait celui de leurs protecteurs, les Luscious Jackson ont toujours vécu dans l’ombre des Beastie Boys. Et même si elles connurent leur heure de gloire au milieu des années 90 avec le single « Naked Eye » et l’album Fever In Fever Out, elles n’auront eu ni la longévité, ni la postérité, de leurs alter ego masculins. Elles n’auront pas marqué autant les esprits.
Pourtant, à l’occasion, nos filles ont su prouver qu’elles étaient bien plus que de simples Beastie Girls. Elles l’ont montré notamment sur cet unique album des Kostars, le side project de Jill Cunniff et Vivian Trimble, concocté en marge d’une tournée, produit par Josephine Wiggs des Breeders, et enregistré avec la participation de Dean et Gene de Ween, et des deux autres Luscious Jackson.
Sur Klassics with a « K », les deux filles délaissent le hip-hop au profit d’une fibre plus pop. Celle-là même qui a réussi à Fever In Fever Out, mais plus épurée, moins brouillonne. Elles livrent dix beaux morceaux, trois chacune, et quatre autres ensemble, avec des chants calmes et apaisés, des harmonies vocales (parfaites, sur le mélancolique « One Sunny Day »), des mélodies aigres-douces organiques, voire rétro (guitare acoustique, piano, un accordéon sur « Never So Lonely », un saxophone lointain sur « One Sunny Day », un orgue désuet sur « Hey Cowboy », etc.).
Même s’il manque un single, même si cet album n’a pas de « Naked Eye », tout cela est charmant, des airs de valse de « Never So Lonely » à ceux, latins, de « French Kiss », puis à la touche funky de « Jolene On The Freeway », ou encore « Mama Never Said », seul titre à user de l’électricité. Sans oublier « Don’t Know Why », le plus synthétique, mais aussi le plus beau moment de l’album.
Alors, classique ? Non, peut-être pas, avec ou sans « K ».
C’est sucré, et tout n’est pas long en bouche. Néanmoins, on peut prétendre que ce disque a été le meilleur jamais proposé par les filles de Luscious Jackson, fussent-elles réduites à un duo.