BACKXWASH – God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It

BACKXWASH – God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It

Sorti le 28 mai 2020,
chez Grimalkin Records.

Dieu, le tout-puissant, le créateur du Ciel et de la Terre, le début et la fin de toutes choses, est l’être suprême. Omniscient, omniprésent, omnipotent, son intelligence dépasse notre entendement. Dieu, cependant, n’est pas content. Il a un gros sujet de préoccupation. Davantage que les guerres, les meurtres, les agressions, les brimades et les abus, bien plus que les dommages infligés par l’homme à sa magnifique création, il y a une chose qui le fâche tout rouge et qui le met vraiment, mais alors vraiment en rogne : ce que les gens font de leur sexe.

Vous y croyez, vous, à ce Dieu tout-puissant, dont la préoccupation principale est ce qu’il se passe sous la ceinture des femmes et des hommes ? Backxwash, non. Le titre de son second album (après Deviation et une mixtape joliment intitulée Black Sailor Moon), l’expose clairement. Élevée dans une famille dévote qui a fait de son identité un péché, Ashanti Mutinta rejette cette version minable de la divinité, cette projection sur une grande idée de toutes petites obsessions humaines.

Sur cette œuvre de la révélation, distinguée par le prix Polaris 2020, Backxwash crie vengeance contre cette vision étriquée de Dieu qui lui a pourri la vie, qui l’a poussée vers ses addictions et qui l’a conduite à deux doigts du suicide. Elle vilipende, sur « Amen », une Eglise qui s’accommode si facilement de l’argent. A fleur de peau, les nerfs à vif, elle partage, sur l’intense « Into The Void », sa double paranoïa envers les racistes et les transphobes. Elle choisit le diable et les démons, musique de Black Sabbath à l’appui, si eux au moins l’autorisent à vivre pleinement son existence.

God Has Nothing To Do With This Leave Him Out Of It est le récit d’une émancipation, d’une acceptation de soi, de la réalisation que, au bout du compte, c’étaient les autres qui avaient tort. Que c’étaient eux en vérité, sa famille, qui devaient être libérés des ténèbres. Cet album ne se termine-t-il pas, après un « Heaven’s Interlude » (qui sample Eraserhead) par une main tendue à un parent, avec un titre, « Redemption », dont l’apaisement tranche avec la fureur précédente ?

Backxwash, qui est née homme en Zambie avant de devenir femme au Canada, s’est libérée du genre qui lui avait été alloué à la naissance, et elle a fait la même chose avec la musique. Amatrice de rap dans les premiers jours, elle a incorporé depuis bien d’autres éléments à son univers musical. Beaucoup de choses, en effet, ont été condensées sur les vingt minutes de cet album très court, avec le renfort du duo noise canadien Black Dresses, deux femmes trans elles aussi.

Du metal, du punk, du goth, de l’indus, et d’autres éléments inattendus (les cris d’enfant sur « Black Sheep ») augmentent la base horrorcore de Backxwash. Les guitares amplifient sa colère, quand elles surgissent sur le splendide « Black Magic ». Elles sont un exutoire. Et les samples, cramés, viennent aussi d’un univers rock : Black Sabbath on l’a dit, sur le titre éponyme de l’album (le fameux  » oh no, please god help me » d’Ozzy), Patti Smith en intro de « Black Magic », la batterie de John Bonham sur « Adolescence » et Nine Inch Nails sur « Into The Void ».

Backxwash fait du rap pour ceux qui n’aiment pas le rap. Cet album a été monté aux nues par plusieurs médias spécialisés dans le rock, le metal, la musique expérimentale et que sais-je encore, rarement par la critique hip-hop. Mais ce cocktail de rap, de punk et de rock lourd, c’est ce que la rappeuse a trouvé de mieux pour exprimer la torture morale que lui a fait subir le rejet des siens, le refuge dans la drogue et la menace terrifiante d’un faux Dieu vengeur. Et l’on sait à quel point la souffrance, quand elle est fondée, quand elle est réelle, sait parfois sublimer la musique.

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