RIO DA YUNG OG – City On My Back

RIO DA YUNG OG – City On My Back

Sorti le 20 mars 2020,
chez Boyz Entertainment LLC.

2019 a été l’année de Rio Da Yung OG. Assigné à résidence pour une affaire de drogue, il s’est alors consacré avec assiduité à sa carrière de rappeur, sortant une ribambelle de projets, en solo ou avec son acolyte RMC Mike, et attirant ainsi l’attention, avec l’appui décisif de Peezy, sur cette extension de la scène de Detroit qu’est celle de Flint. Il était donc normal, quelques mois plus tard, qu’il cherche à profiter de cette notoriété avec un vrai album qui serait l’œuvre de la consécration.

A première vue, pourtant, City On My Back ressemble à ses sorties précédentes. Avec ses touches de piano nerveuses, ses rythmes électriques et ses synthétiseurs inquiétants, sa musique sonne toujours comme celle de Detroit, surtout quand s’y joignent les stars des lieux Babyface Ray et Icewear Vezzo. Comme il nous y a habitués, le pince-sans-rire Rio Da Yung OG partage d’un seul souffle, avec l’outrecuidance du vétéran, son expérience et son quotidien de délinquant patenté.

Ses textes, il les rappe avec facilité, de façon à la fois fascinante et monotone, sans variation, sur le mode de la conversation. De même, selon le principe cher à Peezy, il se passe parfois de refrain. C’est le son de la rue, c’est du vrai rap de criminel, sans chichi et sans artifice. C’est de la musique sans compromis, qu’on imagine difficilement sortir du cercle restreint des amateurs de rap purs et durs. Néanmoins, même si les textes de Rio Da Yung OG ont toujours des airs de freestyles, cet album est plus abouti que les précédents. Avec de petits bijoux tels que le manifeste anti-suiveurs de « Copy Cats », il semble moins improvisé, moins délivré d’un seul jet sur le premier beat venu.

L’homme de Flint, aussi, étend sa palette. Il use d’un steel drum sur « A Goat Speaking » et le très bon « Fein Rental ». Il délivre avec « Groovy » un morceau fidèle à son titre, et avec le torride « Feelings », l’histoire d’une relation exclusivement physique qui termine dans l’embarras d’une grossesse. Rio s’essaye même à la danse avec l’atypique « Dance Moves », mais à sa manière, sans changer grand-chose à son phrasé imperturbable, sans renoncer à son vocabulaire indélicat et en promouvant une chorégraphie pas encore mûre pour faire fureur dans les campings :

Look, man, get on the ground,
Hump the floor, act like you fuckin’ a bitch

Regarde mec, va par terre,
Défonce le sol, fais comme si tu baisais une salope

City On My Back, au bout du compte, est bel et bien cela : l’œuvre de la consécration, celle de la maturité, la plus nette des sorties de Rio. Mais ne comptez pas sur ce rappeur pour qu’il adapte sa formule au grand public, ou pour qu’il change ses priorités. Sur « A Goat Speaking », il demande :

Whoever thought I could talk my shit,
And make a living off it?

Qui donc a pensé que je pouvais déblatérer cette merde,
Et réussir à en vivre

Pas lui, manifestement, qui déclare avoir déchiré un contrat de maison de disque sur « Live It Up ». Le rap pour lui, reste étroitement associé à la vente de drogue et à l’arnaque à la carte bancaire.

Rio est un bandit, il continuera donc à faire de la musique de voyou.

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