ANTIPOP CONSORTIUM – Arrhythmia

ANTIPOP CONSORTIUM – Arrhythmia

Sorti le 2 avril 2002,
chez Warp Records.

Ah, cette nostalgie con, qui vous fait souvent préférer les premiers albums sortis par vos groupes fétiches… Cette pincée au coeur qui vous prend quand vos chouchous se mettent à séduire le voisin d’à côté, ce sale type qui, jusqu’à ce jour, n’avait fait preuve ni de goût, ni de discernement… C’est un peu ce qui a saisi certains fans d’Antipop Consortium, le jour où le trio New-yorkais a quitté le 75 Ark de Dan the Automator, pour se retrouver chez les hipsters anglais de Warp.

Tragic Epilogue, le premier Antipop Consortium, a marqué en 2000 l’arrivée du rap dans le nouveau millénaire, tout autant que son retour à l’inventivité de l’époque old school, quand le genre flirtait avec l’électronique et l’expérimentation. Il a agi aussi comme une révélation auprès d’un public d’esthètes. Mais avec l’arrivée chez Warp, s’est enclenché un double phénomène dangereux. D’abord, un effet de marque (t’as vu, Warp, top credibility). Ensuite, avec leur premier album pour les Anglais, le groupe s’est orienté vers un son, toutes proportions gardées, plus attirant.

Arrhythmia, cependant, est un bon album. La pochette (oui, rien que cette pochette stylée) tue. Quant à la musique, elle n’est pas fondamentalement différente de ce à quoi le trio nous a alors habitués : c’est bien toujours ce hip-hop régénéré, cette électronique bancale qui sert d’écrin aux raps de haut vol des trois protagonistes. A l’écoute de bombes comme « Ping Pong » (quelle idée de génie, ce sample de balle de ping pong) ou du synthé tonitruant de « Human Shield », il faut être un satané abruti pour oser dégainer cet argument aux airs d’oxymore : trop accessible.

Faisant mentir le « anti-pop » dans leur nom, le groupe new-yorkais n’a jamais été aussi jouissif et accrocheur, aussi simple et funky (« Bubblz »), aussi rentre-dedans (« Dead In Motion »), aussi friand de grosse artillerie (la diva de « Mega »), aussi prompt à utiliser des voix féminines cajoleuses, même si on est bien loin des roucoulades souvent infâmes du R&B (« Ghostlawns »).

Et pourtant, quelque chose cloche… Il y a un côté feignant dans l’utilisation comme gimmicks de dissonances et de sons électroniques inconfortables, quelques facilités qui relèvent déjà de la formule, qui fait téléphoné. C’est moins frais qu’au premier jour, moins décisif que sur Tragic Epilogue, en particulier sur tous les titres qui n’ont pas été cités dans cet article. En somme, répétons-nous, cela a tout pour alimenter, et de façon fondée, un petit fond de nostalgie con.

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