AMIN MAALOUF – Le périple de Baldassare

AMIN MAALOUF – Le périple de Baldassare

Publié en 2000,
aux Editions Grasset.

Celui qui a dit un jour qu’un romancier écrivait toujours le même livre avait raison. Cet Amin Maalouf contient les mêmes ingrédients que Léon l’Africain, la matrice de tous les romans écrits ensuite par le Libanais. Le périple de Baldassare raconte l’histoire d’un humaniste confronté aux délires de son temps, d’un homme de raison en proie aux doutes, et qui entreprend un long voyage à travers un monde en plein chambardement. Avec Baldassare, marchand génois établi chez les Ottomans, Chrétien d’Orient cruellement partagé entre les deux rives de la Méditerranée, l’écrivain met en scène un nouvel alter ego, et à travers lui, il s’attache à nous rappeler que les échanges entre les civilisations chrétienne et musulmane ont autrefois été fréquents et féconds.

Avec Maalouf, d’un livre à l’autre, seuls changent l’époque et le lieu de l’action. Cette fois, l’écrivain a planté le décor dans un grand nombre de pays des deux mondes, Levant, Grèce, Italie, Maroc, Angleterre et France, en une année 1666 qui porte en elle le nombre de la Bête et qui de fait, se trouve travaillée de toutes part, tant chez les Juifs, que chez les Musulmans ou chez les Chrétiens, par l’angoisse de l’Apocalypse. Par l’intermédiaire de Baldassare, parti de sa vieille boutique du Gibelet pour retrouver un livre maudit censé révéler le nom caché de Dieu, l’écrivain montre comment la déraison menace les plus sceptiques des hommes, comment la folie de ses semblables et les remous du monde peuvent l’entraîner vers la superstition et vers l’angoisse.

C’est à nouveau très bien traité. L’auteur fait preuve d’érudition, multipliant les personnages et situations typiques de cette époque. Reste cependant le défaut habituel à Maalouf, ce reproche que l’on peut étendre à beaucoup de romans historiques : tout cela manque de sens. Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans Le périple de Baldassare, pas de fin qui se déduit du commencement. La seule conclusion à tirer à l’issue de l’histoire, c’est ce constat d’échec de l’homme multi-culturel, c’est la défaite de ce marchand italien établi en Orient qui, après de nombreuses déconvenues, doit revenir à Gênes, cette ville qu’il n’a jamais connue mais qui est le berceau de sa famille.

Cette morale mise à part, ce livre est un roman picaresque. Les péripéties s’y enchaînent les unes les autres sans logique, comme si l’auteur les inventaient au fil de sa plume, comme s’il emmenait son marchand génois arbitrairement, dans le dernier lieu qu’il se mettait en tête de nous décrire.

Mais peut-être, au fond, est-ce le message que l’écrivain veut nous transmettre : il veut nous dire que l’Histoire n’a pas de sens, qu’elle ne fait qu’entraîner les hommes dans son tourbillon, comme une feuille morte, et que le seul recours de l’homme censé, c’est cet amour que Baldassare, malgré ce côté prude et pudibond que partagent tous les héros de Maalouf, rencontre rien de moins que trois fois, avec trois femmes et sous trois formes différentes, au cours de ses pérégrinations.

Acheter ce livre

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *