BUCK 65 – Vertex
Sorti en 1997,
chez Four Ways to Rock et Metaforensics.
Blanc, canadien et d’origine rurale, le rappeur, DJ, producteur et animateur radio Richard Terfry, alias Buck 65, n’a pas grand-chose du rappeur typique à la fin des années 90. Rien d’étonnant donc si Vertex, un album sorti sur cassette en 1997, puis en CD sur son propre label, se révèle largement aussi décalé et hors-norme que le personnage. Anticon, le label sur lequel le parrain de la trépidante scène rap d’Halifax vient de sortir un maxi (« The Centaur »), nous a promis de révolutionner le hip-hop. Et ce proche du label, sans renoncer à aucune règle du genre (il rappe, il scratche, il sample des boucles), semble bien parti pour réaliser ce programme ambitieux.
Sur Vertex, Buck 65 propose une longue série de beats bizarres, surréalistes et expérimentaux. L’album est fait tout entier d’un hip-hop vaporeux et atmosphérique, seulement troublé par quelques scratches longs et étirés. Et pour brouiller les pistes plus encore, il s’ingénie à découper la plupart de ses titres en mouvements, deux, parfois plus, dont au moins un instrumental. Le Canadien n’hésite pas non plus à embarquer son hip-hop vers les contrées peu familières de la musique contemporaine, samplant sans vergogne La messe pour le temps présent de Pierre Henry (plus tard, il s’en voudra d’avoir cédé à une telle facilité), et il propose une version du « In Every Dream House There Is A Heartache » de Roxy Music, encore plus insolite que l’originale.
La voix de Buck 65, elle, est posée, parlée plus que rappée, et très compréhensible aux oreilles françaises. Elle déclame des paroles qui vont d’une poésie onirique au bon mot (« ces idiots de DJs donneraient leur bras droit pour devenir ambidextres »), puis à une célébration des vertus du base-ball, un sport que notre homme a pratiqué à haut-niveau. Quelques titres se distinguent, comme « The Centaur » (un homme au sexe énorme convoité par l’industrie du porno y symbolise l’état du hip-hop), l’orgue drôle de « The Blues Part I », le majestueux « Bachelor Of Science », et surtout la gemme « Sleep Apnoea », bâtie autour d’un piano et close par un rideau de scratches.
Bénéficiant de la hype Anticon, Vertex permet à Buck 65 d’élargir un public jusqu’ici exclusivement canadien, et de devenir l’une des figures phares d’un rap indépendant. Au cours des années 2000, il en adoptera toutes les mutations, donnant dans un rap intimiste, se reconvertissant dans le folk rock et dans une pop gainsbourgienne, ou bien flirtant avec la musique électronique, cumulant sorties grand public et enregistrements obscurs, avec toujours plus ou moins de succès.