67 – In Skengs We Trust

67 – In Skengs We Trust

Sorti le 25 septembre 2015,
chez 67 & Hill Productions.

L’essor de la UK drill suit de peu celui de son modèle de Chicago. Il a lieu dès le milieu des années 2010 avec 67 (prononcer « six seven »), le collectif aux frontières larges dont les principaux membres sont ASAP, Monkey, Dimzy, SJ, Liquez (prononcer « Leaks »), et bien sûr LD, celui qui en Angleterre lance la tendance du rappeur masqué. Fondé vers 2013, le groupe de Brixton Hill marque les esprits dès 2016 avec le succès du titre « Lets Lurk », délivré avec le parrain du rap anglais contemporain : Giggs. Puis le groupe défraye la chronique en jouant au chat et à la souris avec la police, accusé d’être une bande criminelle impliquée dans le commerce de la drogue.

Un an avant la percée de « Lets Lurk », 67 est déjà au sommet de son art avec un projet présenté comme une mixtape, nommé d’après les emblèmes de la très violente UK drill (les « skengs », à savoir les flingues) et produit en partie par Carns Hill, l’architecte sonore de ce mouvement. Il compile de nombreux morceaux délivrés dans les multiples configurations du groupe, en duo, en trio, ou sur le mode du posse cut, avec les membres majeurs du collectif, ou bien avec des affiliés. 

In Skengs We Trust dévoile une musique déjà formée, inspirée donc par l’entêtante drill music de Chicago (« Smoke » évoque Chief Keef dans ses moments les plus théâtraux, « Six Gods » rappelle le G Herbo qui sample Dead Can Dance), mais nettement distincte avec ses accents anglais, son argot londonien mêlé de slang américain et sa musique électronique froide où l’on perçoit encore les sons du grime, mais alanguis, appesantis et plus menaçants encore, souvent soulignés par de dangereuses cloches, et dépourvus de leurs attaches aux musiques de danse.

Une autre particularité de In Skengs We Trust est son thème. Il est annoncé par LD dès les premiers mots de « PCD », au tout début de la mixtape : « 67, ce n’est rien d’autre que de la violence ». Et en effet, c’est bien de cela dont il est question : de sang versé, d’armes à feu exhibées fièrement et de couteaux plantés dans le corps des ennemis, de confrontation avec la police et avec les gangs rivaux (en premier lieu leurs voisins de 150), le tout sur fond de concoction et de trafic de drogue, et avec la prison comme horizon. In Skengs We Trust est rempli d’hymnes aux armes et à la brutalité, certains rudement efficaces et intimidants, comme le titre éponyme, ou encore « Them Man Know », « I Go, Gang Go », « Smoke » et « You don’t Know ». Avec eux, dès cette compilation de 67, le rap anglais change de génération, un mouvement important est lancé.

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