TALK TALK – The Colour Of Spring

TALK TALK – The Colour Of Spring

Sorti le 17 février 1986,
chez EMI Records.

Quand il sort, The Colour Of Spring cartonne. C’est l’album de Talk Talk qui se vend le mieux (et grâce auquel le groupe obtient le gros budget qui lui permettra d’enregistrer Spirit Of Eden). Oui mais voilà, deux décennies ont passé, et depuis, ce troisième album paraît pris en tenaille. Il est le disque charnière, celui à mi-chemin entre le Talk Talk populaire et néo-romantique de The Party’s Over et It’s My Life, et le Talk Talk expérimental et évanescent de Spirit Of Eden et Laughing Stock.

Le temps d’un album, se mêlent les deux facettes du groupe, les deux moments de la carrière de Mark Hollis et des siens. The Colour Of Spring propose encore les singles attendus par le grand public, des « Life’s What You Make It », « Give It Up » et « Living In Another World ». Mais sur une bonne part du disque, le tempo se ralentit, les plages s’allongent, les formes se brouillent, l’orchestration devient plus complexe, les instruments se font plus divers (orgue, piano, mélotron, harmonica, harpe, flûte, etc.). Des curiosités apparaissent, comme les chœurs d’enfant de « Happiness Is Easy », et ceux, vaporeux et accompagnés de flûte, du somptueux « Time It’s Time ». Et puis surtout, avec la beauté fragile d’un « April 5th » qui tourne à la musique ambient et du jazzy « Chameleon Day », Mark Hollis et le producteur Tim Friese-Green, l’autre membre fondamental du groupe, font bien plus qu’annoncer les aventures futures : ils y sont déjà.

Les paroles aussi, deviennent abstraites. « Happiness Is Easy » et les singles sont autant de mots d’ordre, d’impératifs, de leçons de vie. Mais les titres les plus éthérés et étirés abritent des textes plus allusifs, personnels et sentimentaux, dont on ne fait que deviner le sens : la fin d’un orage amoureux (« Chameleon Day »), la joie d’un amour fugace (« April 5th »), l’être aimé que l’on ne comprend plus (« Living In Another World »), une liaison qui s’éteint (« I Don’t Believe In You »).

Certes, la beauté évaporée des albums suivants, puis du solo de Mark Hollis, ne domine pas encore celui-ci. Néanmoins, avant d’être l’album charnière de Talk Talk et celui qui aura rendu possible la réalisation matérielle du suivant, The Colour Of Spring est un autre excellent disque du groupe, l’une de ces œuvres rares et précieuses où la pop est encore de la pop, mais où elle commence à prendre une tournure suffisamment étrange pour contenter des esprits blasés.

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