PUBLIC IMAGE LTD. – Public Image (First Issue)
Sorti le 8 décembre 1978,
chez Virgin Records.
C’est marrant, les goûts, les modes et les couleurs. Regardez Public Image. Après que le groupe ait montré la voie, après avoir incarné le futur du rock (non, mieux que ça, l’après rock) et été au comble du succès critique à la fin des années 70, ils sont tombés en désuétude dans les années suivantes. Les tendances changeant, les générations se suivant, ils sont devenus le souvenir d’un temps révolu. Avant que les très revivalistes années 2000 ne leur restituent leur prestige d’antan.
Dans Rip It Up And Start Again, Simon Reynolds s’attriste sur le sort d’un John Lydon qui, à la fin des années 80, est revenu à la case Johnny Rotten, il regrette que cet artiste éminemment crédible quand il a défini le post-punk, soit redevenu le pantin braillard des Sex Pistols. Mais ce qui, pour l’influent critique anglais, semble une régression, n’est pas injustifié. Au terme de toutes ces années, le tribunal du temps faisant son œuvre, on peut se demander si, malgré les audaces de Metal Box, Never Mind The Bollocks ne reste pas, in fine, le vrai grand album du chanteur.
Puis les années 2000 sont arrivées, et avec elles un revival post-punk grâce auquel une jeune génération à redécouvert PIL comme au tout premier jour. Ce revival a aussi réveillé les souvenirs d’une critique qui, à l’époque, à l’image de Reynolds, avait connu ses premiers émois avec le groupe. Et, les chefs d’œuvre se redéfinissant et s’évaluant sans cesse à la lumière du goût et des influences du jour, les trois premiers albums de Public Image Ltd. on été sanctifiés de nouveau.
Enfin, les trois premiers, pas tout à fait… Contrairement à Metal Box et à Flowers Of Romance, aujourd’hui canonisés, le premier PIL pose encore problème. Il avait été étrillé à l’époque par une bonne part de la critique. Et, contrairement à ce que pense le commun en pointant ses fréquentes erreurs d’appréciation, celle-ci n’a pas toujours tort. Cette First Issue est bien ce disque sans cohérence, cet album transitoire où la promesse de rupture avec le punk n’est pas tout à fait tenue.
Côté changement, il y a ces photos façon Vogue, qui prennent le contrepoint du punk et de son culte du laid. Il y a cette basse prépondérante, jouée par ce non-musicien qu’est Jah Wobble. Il y a, sur « Theme » notamment, les compositions torturées de Keith Levene, ce guitar hero pour l’ère punk. Il y a, parfois, une lourdeur à l’opposé des tempos frénétiques du punk. Et puis, surtout, on découvre à la fin ce fameux « Fodderstompf », à l’origine un morceau gag, mais dont le disco mutant, les « we only wanted to be loved » beuglés d’une voix de clown par Jah Wobble et la ligne de basse monstrueuse, annoncent le vrai son PIL, celui qui arrivera à maturité sur Metal Box.
Mais, avec les guitares mordantes de First Issue, avec ce chant agressif et fielleux, plus déclamé que chanté, avec le punk rock en règle de « Public Image », « Low Life » et « Attack », les Sex Pistols sont encore ici. Sur les deux versions de « Religion », leur ex-chanteur renoue avec sa posture d’antéchrist avec une charge sans demi-mesure contre les hypocrisies du catholicisme.
L’outrance reste son terrain comme le montre « Annalisa », à propos d’une jeune Autrichienne morte après s’être crue possédée par le Diable. Et si John Lydon semble tourner sa haine contre lui-même plutôt que contre la société (« Theme »), le ton et l’offense sont les mêmes qu’en 1977. Ne manquent que cette distance, ce cynisme, cette ironie, qui ont été le point fort de Johnny Rotten, un manque qui confirme la critique la mieux fondée des détracteurs de Public Image Ltd : à savoir qu’avec cet album, comme avec les suivants, ils sont les punks qui ont pris la grosse tête.