PEEWEE LONGWAY – Mr. Blue Benjamin
Sorti le 29 janvier 2016,
chez MPA Bandcamp Music Group.
Au début de l’été 2016, pour une raison assez inattendue, le nom de PeeWee Longway est tout à coup apparu dans les médias généralistes. En plein Euro de foot, des journalistes ont découvert en lui le créateur de l’étrange danse exécutée sur le terrain par le footballeur Paul Pogba. Un peu plus tôt, c’est par le biais de LL Cool J, un fan déclaré, que certains ont entendu parler pour la première fois du rappeur. Cette année, cependant, l’homme d’Atlanta mérite d’être distingué pour tout autre chose que la paternité du dab (laquelle lui est disputée par Migos) ou l’intérêt étonnant manifesté un vétéran du rap. Il faut plutôt le congratuler pour Mr. Blue Benjamin, son premier véritable album.
En réalité, Quincy Lamont Williams n’a pas attendu 2016 pour faire connaître son pseudo. Comme Young Thug, ce protégé de Gucci Mane a profité du vide laissé par son incarcération pour occuper le devant de la scène. Les deux, d’ailleurs, sont copains comme cochons, comme l’a montré dès 2013 ce numéro de Laurel et Hardy (l’un est grand et efflanqué, l’autre petit et gras) qu’a été leur collaboration sur « Loaded ». C’est grâce à ce single que le rappeur a commencé à se faire un nom, puis à la mixtape Lobby Runners, où il est apparu en chef de file des nouvelles figures de la scène d’Atlanta (Migos, Rich Homie Quan, Rich the Kid, Skippa da Flippa, Johnny Cinco). Puis il a embrayé avec une volée de mixtapes, dont la plus remarquée a été The Blue M&M (laquelle lui a causé des problèmes avec la société Mars, propriétaire de la marque), et en mettant le pied à l’étrier aux membres de son collectif, le MPA BandCamp (Bricc Baby Shitro, MPA Duke, etc.).
Mr. Blue Benjamin figure parmi ce que PeeWee Longway a fait de plus consistant. Fort de son statut de porte-drapeau, épaulé par des poids lourds de la production locale (TM88 de la 808 Mafia, principalement, et un peu de Zaytoven), il y représente les deux tendances rap qui dominent sa ville en ces années 2010. D’abord, principalement, le rappeur se présente en criminel (le bleu, cette couleur qui semble l’obséder, serait une allusion aux Crips). Il exploite plus que jamais le thème capital de la trap, le deal de drogue, mais selon la mode du jour, avec des refrains qui forcent sur les répétitions et une loufoquerie qui laisse penser qu’il consomme ses substances, en plus de les vendre. C’est visible sur le trépidant et mémorable « Keep One Cocked », sur « The Most », ou de façon plus atmosphérique et menaçante sur « Nothing Else To Talk About », « I Got the Box », « Excuses », « Jackie Tan », avec Juicy J et Wiz Khalifa, et « Guess What », avec Young Dolph. Bref, pour paraphraser l’un des titres, le rappeur retourne « Back 2 The Traphouse ».
PeeWee Longway, généralement, est crâne et offensif, comme avec le diss track « You Just Don’t Fit ». Mais aussi, en phase avec l’autre versant du rap d’Atlanta, il montre un visage vulnérable et paranoïaque sur la perle « I Can’t Vouch », et il s’adonne à des titres plus doux et mélodiques, ceux qui nous parlent de filles, avec parfois de l’Auto-Tune, sur « I’m Sayin », « Cost to Be Me », l’humoristique et libidineux « Surgery » avec MPA Turk et le formidable « Shame ». Cette face du rappeur n’est pas toujours la plus avantageuse, mais au moins, avec elle, il embrasse pleinement Atlanta, comme Gucci Mane l’a fait avant lui. Il suit ses pas, l’invitant sur « Gold Mouth », et réinventant avec brio l’un de ses grands morceaux d’il y a dix ans, « Street Nigga ».
You hear the « Gucci Mane » in me.
Tu entends le Gucci Mane en moi.
… y dit-il. Et de fait, à quelques semaines de la libération du maître, Mr. Blue Benjamin intronise PeeWee Longway comme le remplaçant de luxe pour Guwop. En son absence, Atlanta, c’est lui.