DRAKEO THE RULER – Cold Devil

DRAKEO THE RULER – Cold Devil

Sorti le 22 décembre 2017,
chez Stinc Team Records.

Le rap de Los Angeles a toujours été, plus ou moins, sous les projecteurs. En raison de la taille de la ville, parce qu’elle est le siège de l’industrie du divertissement, les rappeurs de la cité californienne n’ont jamais cessé de faire l’actualité. La dernière génération, cependant, mérite plus que d’autres l’attention qu’elle retient, du fait de son originalité et de son influence croissante. C’est évidemment le cas pour 03 Greedo. Mais ça l’est aussi pour son collaborateur Drakeo The Ruler, dont le Cold Devil, révélé à la toute fin de l’année passée et enregistré en quelques jours, entre deux périodes de captivité, aura été le dernier projet rap marquant sorti en 2017.

C’est à ce moment que le pseudo de Darrell Caldwell a commencé à circuler dans les cercles médiatiques. Mais localement, cela fait plus longtemps que ce garçon de South Central fait parler de lui. Cela a débuté en 2015, avec le succès « Mr. Get Dough ». Ce titre a attiré l’attention d’une grande figure, DJ Mustard, qui en a sorti une version rénovée et a associé le rappeur à son collectif, 10 Summers. Depuis, leurs liens se sont distendus (les autorités accusent aujourd’hui Drakeo d’avoir voulu assassiner RJ, un proche de Mustard…), et le rappeur s’est retrouvé en prison, comme d’autres gens de sa bande, la Stinc Team. Néanmoins, son étoile n’a cessé de monter.

Et pour de bonnes raisons. Car ce que révèle ce Cold Devil en deux parties (une en solo, et une avec des invités, dont les autres principaux représentants de cette scène, 03 Greedo, et Ohgeesy de la Shoreline Mafia), c’est un rappeur qui ne ressemble à aucun autre. Sa voix est basse, rauque, sinistre, et il mange ses mots, il marmonne sans se soucier du rythme, avec un vocabulaire qui lui est propre et d’une façon pas toujours intelligible, comme s’il ne parlait qu’à lui-même. Drakeo semble ne pas se soucier des auditeurs, ni même de la musique, comme sur « Big Banc Uchies », un saisissant titre introductif où il commence à s’exprimer avant même qu’elle ne démarre.

Et pourtant, l’effet est là. Ce rap sans effort amplifie le mépris qu’il affiche pour ses rivaux. Ses refrains sont entêtants (« Hood Trophy »). Sa voix, si distinctive, s’agence parfaitement à ses sons, une alternance de moments atmosphériques (« Backseat Bandit »), de minimalisme dépressif (« They Don’t Know You ») et de pianos ou synthés proéminents (« Neiman & Marcus Don’t Know You », « Roll Bounce »). Elle complète le flow contraire, plus chantonnant, plus haut perché, d’un 03 Greedo, sur « Out The Slums » et sur « 100 », ou celui d’Ohgeesy, sur les également bons « Damn Daddy » et « Ion Know Nothing « . Si ces dernières années, vous vous étiez fourvoyés, si vous avez cru que les rappeurs de Black Hippy étaient ceux qui faisaient avancer la scène de Los Angeles, ces gens vont vous démentir. Ils vont vous remettre sur le bon chemin : celui de la rue.

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