CASH KIDD – Bebe Kidd 2
Sorti le 31 août 2018,
chez 4746 Global.
Les premières traces de Marc Anthony Smith, alias Cash Kidd, c’est en 2013. Mais le vrai point de départ, c’est l’année suivante quand, porté par le single « On My Mama », le rappeur de 9 Mile sort Bebe Kidd et qu’il se met à envisager plus sérieusement sa carrière de rappeur. Il y aura ensuite de nombreuses autres sorties, notamment deux suites à cette même mixtape, toujours plus ou moins réussies : la troisième, en 2023, déjà commentée ici, et la deuxième, apparue cinq années plus tôt.
Cash Kidd y déçoit peu. Bebe Kidd 2 est long, tout est jeté en vrac, sans toujours le tri nécessaire, avec parfois des trucs plutôt moches (des boucles qui tournent un peu trop en rond, ce pénible détournement du « Tom’s Dinner » de Suzanne Véga sur le médiocre « Money »…), mais c’est suffisamment varié pour retenir l’attention jusqu’au bout. Les meilleurs représentants de la scène de Detroit (Peezy, Icewear Vezzo, et même Kash Doll), viennent varier les voix et les plaisirs, ainsi que les cousins californiens les plus proches, Yhung T.O. et Daboii de SOB X RBE, sur deux titres distincts. Le rappeur fait aussi intervenir comme il faut la chanteuse R&B de circonstance.
En 2018, Detroit est en pleine bourre. C’est donc tout cela qu’on retrouve sur Bebe Kidd 2 : les pianos, les cloches, les synthés, les nappes, les pulsations épileptiques, l’influence de la freestyle music des années 80 et les flows énervés. Les empilements épiques de punchlines déroulés sans refrain qui préfigurent le shit talking à la mode de Flint. Des bravades, de la pornographie (« Head Start »), mais aussi des confessions comme le chagrin d’amour vache de « Disappointed », un peu de pathos à propos des amis morts, et sur presque tous les morceaux finaux, beaucoup de fiel envers ces « niggas » ou ces « bitches » à qui on ne peut pas faire confiance. Et puis pas mal d’humour, parfois en-dessous de la ceinture, par exemple ce genre de choses, sur « Privileges » :
Uh, your bitch finally left you, aww, boo hoo
Ayy, I know you loved her pussy, ’cause we do to
Euh, ta meuf t’a enfin quitté, oh, bouh
Hé, je sais que t’aimais sa chatte, parce que nous aussi
C’est Detroit, c’est Cash Kidd, et c’est 2018, quoi. La meilleure musique de cette époque. Celle qui est bien, même quand elle se montre aussi anecdotique que sur ce deuxième Bebe Kidd.