BUCK 65 – Man Overboard

BUCK 65 – Man Overboard

Sorti en mars 2001,
chez Anticon.

En 2001, Buck 65 (alias Stinkin’ Rich, DJ Critical, et d’autres encore) est au centre d’Halifax. Avec Witchdoc Jorun, il a fédéré les rappeurs de ville de Nouvelle-Ecosse. Avec son émission sur la radio CKDU, il a contribué à en façonner les goûts. Avec ses références iconoclastes, il les a aidés à bâtir une identité originale. Et fort du single « The Centaur » et de l’appui d’Anticon, il s’est imposé au-delà du Canada, comme l’un des personnages importants du mouvement rap indé.

En plus de suivre Vertex, le disque de la révélation, Man Overboard est son premier album chez Anticon (le seul aussi, si l’on exclut celui du duo Bike For Three, en 2009). Pour ces deux raisons, il est aussi le plus attendu par la petite communauté underground. Et celle-ci n’est pas déçue.

Pour partie, elle y retrouve la musique qui a réussi à l’opus précédent. Sur des beats lourds, sur des morceaux décomposés en mouvements, des sortes de collages savants et ludiques parsemés de longs scratches, Buck 65 pose une voix douce mais légèrement narquoise, plus parlée que véritablement rappée. Il partage des pensées dont l’humour et l’ironie ne sont pas absents. Et il s’acharne toujours à utiliser des samples improbables et des sons inhabituels, piquant ici une guitare acoustique à Metallica (laquelle devra disparaître, quand Warner rééditera l’album), dégotant là une improbable mais entrainante mélodie médiévale, s’essayant à la drum’n’bass.

Des évolutions sont à noter, pourtant. L’expérimentation, par exemple, est moins extrême. Le ton, aussi, est plus sage et lugubre que sur le pourtant contemplatif Vertex. Surtout, ce disque est empreint de charge émotionnelle. Comme le titre l’indique, Buck 65 est ici un homme à la mer, au bord de la dépression. Man Overboard est dédié à la mère qu’il vient de perdre après un cancer, et cet épisode douloureux l’affecte. Il en est même explicitement sujet sur le neuvième (sur la première version de l’album, les plages n’ont pas de titres, qui seront ajoutés avec la réédition).

Man Overboard s’éloigne de l’univers du hip-hop, de ses battles, de ses ego-trips et de ses fanfaronnades. Dix ans avant que cela soit la mode chez les rappeurs grand public, Buck 65 joue de l’introspection et il se montre vulnérable. Il confesse sa timidité auprès des filles et il ironise sur le contenu de son portefeuille. Il cherche un amour auquel il ne croit pas. Ce disque, auquel les puristes préfèrent souvent Vertex, mais que certains fans citent comme le meilleur Buck 65, annonce la suite, le tournant folk/rock de ses années chez Warner, le gros son en moins.

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *