BOOGIE DOWN PRODUCTIONS – Criminal Minded
Sorti le 3 mars 1987,
chez B-Boy Records.
On a le droit de ne pas aimer Criminal Minded. On peut admettre que ce disque a vieilli, comme beaucoup dans ces fondatrices années 80, que ses beats décharnés portent la marque de leur époque avec leur couleur très James Brown et le prévisible sample d’AC/DC sur « Dope Beat ». Cependant, on ne peut pas contester son impact et son influence. Le premier Boogie Down Productions est, entre autres, le fondement du rap hardcore qui dominera la décennie suivante.
Cet album est parfois présenté comme fondateur pour le gangsta rap. Logique, vu le titre, vue aussi cette pochette où le duo s’exhibe lourdement armé, vus encore ces titres qui explorent comme jamais les thèmes de la violence et de la criminalité, alimentés par l’expérience d’un rappeur, KRS-One, ancien SDF et trafiquant de drogue. « 9mm Goes Bang », par exemple, met en scène une fusillade, et « Remix For P Is Free » nous parle d’une prostituée junky. Et ailleurs, sur « South Bronx » et « The Bridge Is Over », notre homme se montre particulièrement acrimonieux quand il s’en prend à MC Shan, à Marley Marl et à la scène de Queensbridge. L’aspect prémonitoire de tout cela sera renforcé par le meurtre de Scott La Rock, le beatmaker, peu après sa sortie.
Mais Criminal Minded ne saurait se résumer à cette seule dimension, il est plus complexe, plus nuancé. Les titres « Word From Our Sponsor », « Elementary » et « Super Hoe » retiennent encore un peu de l’esprit joueur et bon enfant de la old school. Et c’est un constructif « Poetry » qui ouvre le disque, un titre où l’autodidacte et bibliophile KRS-One opte pour un registre qu’il ne fera qu’affirmer dans le futur : celui du sage des rues, de la conscience du rap, du « teacher ». Enfin, l’album a pour originalité une forte tonalité jamaïcaine, naturelle chez un KRS-One d’origine caribéenne. Les sons du raga et du dancehall colorent en effet près de la moitié des plages.
L’influence de KRS-One sera visible chez N.W.A., qui samplera avec éclat un « it’s not about a salary, it’s all about reality » issu du second Boogie Down Productions. Mais la véritable postérité du « teacher » est à chercher plus près de lui, sur la Côte Est. C’est le même ton offensif que sur Criminal Minded et son successeur, By All Means Necessary, la même bascule entre esprit criminel et appels à la responsabilité, le même minimalisme boom bap, et parfois, les mêmes accents jamaïcains, que l’on entendra dans la décennie à venir, chez Black Moon et le Boot Camp Click plus particulièrement, quand viendra l’époque bénie de la Renaissance rap new-yorkaise.