BIG L – Lifestylez Ov Da Poor & Dangerous

BIG L – Lifestylez Ov Da Poor & Dangerous

Sorti le 28 mars 1995,
chez Columbia Records.

Un autre classique rap new-yorkais des années 90. Et un autre rappeur mort par balles. Lamont Coleman, en effet, est tué le 15 février 1999, à deux pas de son domicile de Harlem. Mis à part quelques disques posthumes, le rappeur, membre du collectif DITC, n’aura donc sorti que cet album trop grave et dur pour séduire un large public. Dans une interview livrée à l’occasion d’une réédition, Lord Finesse, principal producteur sur cet album, évoquera les compromis que Big L et lui ont dû consentir, suite aux pressions de leur label, pour rendre le disque moins austère. Ces concessions, pourtant, ne s’entendent pas. De l’aveu même du Funky Technician, Big L est alors trop sombre et gangsta pour livrer autre chose qu’une version glaciale du rap de rue new-yorkais.

Tout, ici, va dans ce sens. Le titre tout d’abord, qui inverse celui d’une série télévisée de l’époque, Lifestyles Of The Rich And Famous, et l’écrit en slang phonétique. Cette pochette, où un Big L plein de morgue trône au centre de son quartier, en pleine nuit, accompagné par un posse menaçant. Ce boom bap typiquement East Coast, fait de boucles précises, de basses vrombissantes, de percussions marquées, de cuivres angoissants et évanescents. Le renfort de complices tout aussi inquiétants sur des refrains belliqueux, sur le posse cut « 8 Iz Enuff » et sur ce « Da Graveyard » où apparaît un Jay-Z à l’aube de sa carrière. Et puis ce rap brillant, tout en ego-trips et en style battle flamboyant, et pourtant unilatéralement noir, sérieux et agressif, étalé sur des plages dont les titres annoncent la couleur sombre (« All Black », « Danger Zone », « Devil’s Son »…).

Si, sanctifié par la mort de Big L et par l’aura mythique du rap new-yorkais des années 90, ce disque sera ensuite un album culte, il ne faut pas oublier les réactions mitigées du début. Autant que le public, la critique est dubitative. Si la classe du rappeur n’a jamais été en question, beaucoup regrettent une production en retrait malgré, côté beatmakers, un casting de choix (outre Lord Finesse, Buckwild et Showbiz sont aux commandes). Et il y a du vrai dans ce reproche. Après le départ en fanfare d’un « Put It On » en trompe-l’œil, la musique, trop clinique, trop impénétrable, peine parfois à plaire. Mais c’est la loi du genre. Et honnêtement, aurions-nous accepté autre chose d’un tel disque que des beats aussi froids qu’une rue de Harlem au milieu de la nuit ?

Avez-vous aimé cet article ? 

Cliquez sur une étoile pour l’évaluer.

Note moyenne 0 / 5.  Nombre de votes :  0

 Pas encore de votes. Donnez la première note.

 Comme vous avez aimé cet article…

 Suivez‑nous sur les réseaux sociaux ! 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *