SHOOTERGANG KONY – Red Paint Reverend

SHOOTERGANG KONY – Red Paint Reverend

Sorti le 26 février 2020,
chez EMPIRE.

Le jeune délinquant qui rappe à ses heures perdues, en amateur, mais qui, une fois en prison, une fois aussi qu’il a perdu quelques-uns de ses proches, s’y consacre plus assidument pour sortir de la criminalité. Cette histoire, elle est archétypale. C’est celle de pléthore de rappeurs, qu’ils aient fini par percer ou non. C’est aussi, dans le quartier d’Oak Park à Sacramento, celle de Kony, l’un des fondateurs du collectif ShooterGang, avec son ami JoJo. Après plusieurs projets et des mésaventures pénales, il a sorti en 2018 un titre avec l’aide de Mozzy, « Location On The Flyer », son premier fait d’arme. A suivi ce qu’il considère comme son vrai projet, en 2019, un Second Hand Smoke sombre, introspectif et distribué par Empire, qui lui a permis de capter l’attention au-delà de sa scène locale. Et cette année, il continue sur sa lancée avec un solide Red Paint Reverend.

ShooterGang Kony a été comparé à deux des groupes ou artistes les plus en vue de ces dernières années, dans sa Californie du Nord natale, et pas seulement pour leur proximité géographique et amicale. A la manière de la figure éminente de la scène rap de Sacramento, son collaborateur Mozzy, il fait part d’une voix âpre de la violence inhérente à son milieu, comme avec le très bon « Cash Back », avec Mazerati Ricky. A SOB x RBE, qu’il a récemment accompagné en tournée, il emprunte parfois une musique électrique et bondissante, comme sur « Jungle » et « Glock 21 ». De même que le quartet (désormais trio) de la Baie, il aime les alternances entre raps et chants, comme quand Lil Bean joue le rôle de Young T.O. sur « Industry », ou que c’est TeeJay3k qui s’y colle sur « Bussdown », avec une autre référence du rap nord-californien, Nef the Pharaoh.

Mais c’est quand il a le vague-à-l’âme que le rappeur de Sacramento convainc le mieux. C’est quand ses morceaux font preuve d’intensité mélancolique, comme avec les chantonnements féminins sur « Industry », ou sa collaboration avec Mozzy, « Dearly Departed », un portrait lugubre d’une vie de rue dominée par la peine, la mort et la fatalité. Et nulle part sur cet album le spleen de ShooterGang Kony n’est aussi beau que sur « A Sinner’s Story », un titre profondément pessimiste où, sur un piano triste et des chants évaporés, on entend le Californien pleurer ses amis morts et s’interroger sur Dieu. Kony a beau s’inscrire dans la tradition musicale de sa scène, il est atteint lui aussi du blues du gangster, celui qui transcende les rappeurs actuels, à travers toute l’Amérique.

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