YN JAY & LOUIE RAY – The Scouts 2
Sorti le 23 janvier 2024
chez Xposure Music et YN Records.
Le Michigan, c’est fini. Plus ou moins. Cette scène est en bout de cycle. Après un bouillonnement brouillon, puis un engouement grâce auquel tout le monde là-bas a tenté sa chance, s’est échappé de l’underground et a conquis un panel toujours plus large de gens avec des morceaux de folie, le temps de la normalisation est venu. Aujourd’hui, les projets sont plus consensuels et la musique est moins marquée régionalement. Beaucoup des rappeurs locaux en sont arrivés à ce stade.
Mais pas YN Jay.
On peut toujours compter sur le Coochie Man. Ce grand fou a profité des lumières portées sur lui par Lil Yachty avec son Michigan Boy Boat. Cependant, il est resté fidèle à lui-même. Sa première sortie de 2024, une suite à The Scouts (sorti il y a trois ans avec Louie Ray, le demi-frère de Rio Da Yung OG), vaut qu’on y fasse un détour ou deux, une fois encore. C’est du Flint pur jus, dès ce « Could’ve Had It All » qui, sur un sample cramé d’Adele, repose sur du shit talking à deux voix à la Rio et RMC Mike. Et qui traite de quels thèmes, je vous le donne en mille ? Du sexe et des filles.
Avec ou sans Louie Ray, Jaylein Cantrell demeure ce que dit son surnom, le Coochie Man. L’homme à schneck nous parle des femmes et des parties de leurs corps qui le fascinent le plus (« ass », « titties »), au point de limiter son refrain à la répétition de ce seul mot, « body », sur le titre du même nom. Les chantonnements de « So Long », n’ont que deux messages : 1 – rentre chez toi si tu ne suces pas ; 2 – il faut que ça dure longtemps. « Head », bien sûr, parle du même sujet. Et il n’est pas difficile de deviner celui du rigolo « Titty Song », un titre déjà apparu précédemment.
A contrecourant du style nerveux en vigueur dans le Michigan, il y a de jolis morceaux doux, « Or Nun » par exemple. Cependant, le sujet reste le même, les filles, et le rappeur y récidive avec ses cris débiles. Même sur le titre final, « Heaven Sent », censé être le grand moment mélancolique de l’album, YN Jay et Louie Ray ne peuvent s’empêcher de débiter des conneries. Au bout du compte, The Scouts 2 nous donne l’impression que les rappeurs de Flint n’ont jamais été repérés, qu’ils n’ont jamais pensé au succès, qu’ils sont restés à faire les zouaves au cinquième sous-sol.
Concoctée par le fidèle Wayne616, la musique est quant à elle toujours aussi chaotique. C’est un carambolage de cloches, de pianos et de synthés, assaisonné des onomatopées invraisemblables de YN Jay. C’est artisanal, ce sont les blagues d’une bande de pieds-nickelés qu’ils ont enregistrés à l’arrache, spontanément, employant dix fois le même mot quand il leur manquait une rime.
Ce foutoir est plus marqué encore quand, sur l’hilarante suite d’insultes de « A$$ N!gga », les deux hommes stoppent le beat pour continuer à déblatérer leur grand n’importe quoi. Ou quand sur « Glocks AKs Dracos PLRs » et « Titty Song », YN Jay s’y reprend plusieurs fois pour entonner un vers. Quant au début de « Fawked Up », on jurerait qu’il a été enregistré à l’autre bout de la rue.
C’est un grand désordre, un immense bric-à-brac, un gigantesque bazar, et c’est très inégal.
Pourtant c’est bien.