X-ECUTIONERS – X-Pressions
Sorti le 23 septembre 1997,
chez Asphodel Records.
Le triomphe du rap, dans l’ensemble, s’opère au détriment des DJs. Avec la starification des MCs, ils sont peu à peu relégués au second plan. Puis, avec la sophistication des méthodes d’enregistrement, les producteurs les supplantent. Et pourtant, ils ne disparaissent pas. Ils continuent à briller en live, à l’occasion de DJ battles, perpétuant la tradition du turntablism, cet art de manipuler des platines vinyle, celui de faire parler les scratches et autres figures de style.
A la fin des années 90, la discipline est représentée par quelques collectifs phares, les Invisibl Skratch Piklz à San Francisco, les Beat Junkies à Los Angeles, et les X-Men, devenus ensuite les X-Ecutioners, à New-York. Le genre, cependant, supporte souvent mal l’épreuve de l’enregistrement. Il est ardu de translater sur disque les exploits des DJ battles, largement aussi visuels que sonores, et par définition conçus pour la scène. Sur X-Pressions, toutefois, premier vrai album sorti par un collectif composé uniquement de turntablists, les X-ecutioners parviennent à régaler l’auditeur.
Les quatre DJs s’en donnent à cœur joie avec leurs déluges de scratches et leurs sons épais. Quelques rappeurs inconnus interviennent, mais jamais ils ne volent la vedette aux turntable heroes de cet album. « Word Play », par exemple, est l’un de ces morceaux rappés, mais comme le titre l’indique, il s’agit surtout de jouer avec les mots, de les inonder sous des torrents de scratches, plutôt que de raconter une histoire ou de faire sens, le rappeur se contentant de citer le nom de chaque X-Ecutioner, afin qu’ils puissent démontrer tour à tour leur grande virtuosité.
Ailleurs, sur « The Turntablist Anthem », une voix féminine incite ses chers turntablists à scratcher sans fin, et le message est reçu, l’essentiel du morceau se composant de scratches, tout juste tenus en bride par un groove nonchalant. Et sur « The Countdown », un homme se lance dans un compte-à-rebours, sur fond de scratches discrets, de grosse basse et de touches d’harmonica, avant que tout ne s’affole, inaugurant ainsi une série de plages purement instrumentales.
Toutes, pourtant, ne comptent pas de scratches. « Pianos From Hell », par exemple, est un titre cinématographique et langoureux, tout en ambiance, souligné par un beat lent et implacable. Il faut varier les plaisirs, le ‘turntablism » trouvant aisément ses limites sur disque. Sa palette peut toutefois se montrer large, comme le prouve ici, au fil des écoutes, ce disque qui se mérite.