WHODINI – Escape

WHODINI – Escape

Sorti le 7 octobre 1984,
chez Jive Records.

Originaires de New-York, comme tous les premiers rappeurs, Whodini partage beaucoup de choses avec l’autre grand groupe rap du moment, Run-D.M.C. : une proximité avec Russel Simmons, qui les manage, et un producteur commun, Larry Smith, sans doute le premier beatmaker important de l’ère rap. Leur Escape est aussi, comme Run-D.M.C., l’album, l’un des disques hip-hop les plus notables de l’année 1984. Les deux seront d’ailleurs les plus anciens cités plus tard par le magazine The Source, dans sa fameuse liste des cent classiques du rap.

Seulement, alors que le premier Run-D.M.C. annonce la nouvelle école, le second opus de Whodini, sorti pourtant six mois plus tard, et malgré sa probable influence sur la tendance la plus pop du hip-hop, est la manifestation d’un style old school qui ne va pas tarder à s’effacer. Pas de beats abrasifs ici, et pas de guitare hard rock, mais au contraire une musique souple et funky encore liée à la variété afro-américaine, de l’égo-trip ludique et bon esprit sur le classique « Five Minutes Of Funk », un « Escape (I Need A Break) » soutenu et doté de chœurs à la Chic, des refrains chantés sur « Friends » et de grandes virées dans un électro d’époque, avec vocoder en option sur « Freaks Come Out At Night » et sur « We Are Whodini », le mésestimé finale de l’album.

Pas de ton offensif non plus chez Jalil Hutchins et John « Ecstasy » Fletcher, même si, quatre ans avant Public Enemy, on les voit déjà poser derrière des barreaux. Les sujets sérieux ne manquent pas, comme sur « Friends », où il est question des difficultés et des déceptions de l’amitié. Mais nos rappeurs célèbrent aussi les joies de la nuit sur « Freaks Come Out At Night ». Et même si le très minimaliste « Big Mouth » s’en prend aux grandes gueules et à leurs méfaits, la diatribe est encore très bon enfant. De cette première ère du rap, ne manquent finalement que les scratches du troisième membre du groupe, le DJ Drew Carter, malgré ce « Featuring Grand Master Dee » qui porte son autre nom, et qui est en fait une version instrumentale de « Five Minutes Of Funk ».

Whodini cartonnera avec cet album, l’un des disques les plus vendus par le hip-hop des premiers temps. Mais l’avenir ne leur donnera pas raison. Pris de court par l’évolution du hip-hop, ils manqueront plusieurs comebacks, avant de sombrer plus ou moins dans l’oubli. Mais si aujourd’hui, alors qu’il vient d’être réédité avec force bonus, Escape sonne désuet, s’il porte incontestablement la marque d’une époque révolue de longue date, il reste l’un des uniques disques old school sans temps mort, l’un des rares à se montrer toujours plaisant, de bout en bout.

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