STOVE GOD COOKS – Reasonable Drought

STOVE GOD COOKS – Reasonable Drought

Sorti le 17 janvier 2020,
chez The Conglomerate Entertainment.

Avant Reasonable Drought, peu de gens ont entendu parler de Stove God Cook$. Aucun single, aucun fait croustillant, n’a encore attiré l’attention sur le rappeur de Syracuse, dont l’âge approche pourtant la trentaine. Seuls les plus avertis savent que, sous le nom d’Aaron Cooks, ce natif de New-York a fait parler de lui quelques années plus tôt, qu’il a frayé avec quelques légendes du rap comme Lord Jamar et Busta Rhymes, et qu’il a contribué plus récemment à un single de Conway. Pour les autres, il est un inconnu. Et puis soudain, en 2020, apparait cet album, qui bénéficie tout de suite d’un préjugé favorable pour une raison simple et valide : il est produit par Roc Marciano.

Sur l’album Marcielago, on voyait déjà une trace de ce rapprochement. Notre rappeur y intervenait sur deux titres, sous le nom tronqué de Cook$. Roc Marci lui aurait redonné le goût de faire du rap, après un hiatus de quelques années. Et il a bien fait, compte-tenu de la qualité de ce Reasonable Drought apparu sur le label de Busta Rhymes. Cet album, bien entendu, est dans la même veine que Roc Marciano, mais avec une voix différente. Celle de Stove God Cook$ est plus criarde, et elle est plus versatile. Elle est prompte à changer de débit, d’intonation. Son rap est plus nerveux, moins récité sur le ton de la conversation. Même si cela, la spoken poetry, il sait s’y adonner à l’occasion. Et il chante, aussi, lors des refrains, allant jusqu’à reprendre la mélodie et les paroles du « Successful » de Drake et de Trey Songz sur le premier titre, « Rolls Royce Break Lights ».

Comme le rappeur de Toronto, celui de Syracuse est en quête du succès. Mais son succès à lui, il le cherche dans le business de la drogue, le thème unique de Reasonable Drought. Celui qui se fait appeler le dieu du fourneau donne dans le cocaine rap le plus pur. Cet homme, qui prétend avoir écrit le Coran de la cocaïne, nous décrit comment il la cuisine, il la pèse et il la fait fructifier, comment il la vend sur le parking de l’église, comment il en tire tant d’argent qu’il doit l’enterrer dans sa cour. Il le fait avec agilité, jonglant avec les images et les comparaisons, par exemple avec des stars du basket, pour insister sur son habileté à préparer et à écouler sa marchandise.

Stove Good Cook$ est digne de son nouveau mentor. Il est un magicien des mots, à l’ancienne. Il se rattache à la vieille tradition new-yorkaise (le « Brooklyn Zoo » d’Ol’ Dirty Bastard est évoqué, tout comme Ghostface Killah et Pete Rock un peu plus tard). Quant à la musique, elle s’avère elle aussi une héritière du boom bap, même si elle est parfois plus dépouillée, voire même dénuée de percussions (« Crosses », « Money Puddles », « Cocaine Cologne »). Roc Marciano délivre à son comparse les mêmes boucles imprégnées de samples soul et jazz que sur ses œuvres à lui. Et elles sont d’une haute qualité, et peut-être même plus homogène que sur ses propres albums.

Stove Good Cook$ partage un autre atout avec Roc Marciano, celui qui en ont fait des favoris de la critique : à l’époque du streaming, ces rappeurs déjà expérimentés savent faire des albums. Ils produisent de véritables œuvres, et Reasonable Drought est indéniablement à ajouter à la liste. Il est le ticket d’entrée du rappeur dans ce monde, celui des clacissistes du rap les plus en vue, comme l’ont montré aussi ses collaborations plus récentes avec Westside Gunn et Boldy James.

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