BUSDRIVER & RADIOINACTIVE WITH DAEDELUS – The Weather

BUSDRIVER & RADIOINACTIVE WITH DAEDELUS – The Weather

Sorti le 18 février 2003,
chez Mush Records.

A ma droite, Busdriver, rappeur californien phénoménal affilié au Project Blowed, auteur de plusieurs albums dont le chouette Temporary Forever. A ma gauche, Radioinactive, autre rappeur californien phénoménal affilié au Project Blowed, ancien membre des cultes Log Cabin, apparenté aux Shape Shifters et responsable d’un trop mésestimé Pyramidi. Pour réunir ces deux éminents représentants d’un emceeing rapide et plein de faconde, un label parmi les plus constants des scènes hip-hop indé, Mush, et un artiste venu des musiques électroniques, Daedelus, dont les récents Invention et le EP Quiet Party témoignent déjà de fortes accointances avec la scène West Coast Underground. Certains, la tête froide, pourraient être tentés d’accueillir un tel line-up avec méfiance et circonspection. Mais pour eux comme pour les autres, l’incroyable « Exagerated Joy » et les premières plages de The Weather se chargeront très rapidement de lever toute réserve.

La confrontation des deux emcees joue à plein. Engagés dans une battle à qui montre le plus d’imagination, le rap chaud de Busdriver et celui plus aigre de Radioinactive rivalisent de paroles absconses. Images et sons sont projetés à un débit dément. Ils sont sujets aux changements de tempo et aux exercices de style. Daedelus, de son côté, n’est pas en retrait. Le musicien a fait ses armes avec des oeuvres instrumentales, et cela se ressent. Loin de se satisfaire d’une ou deux boucles bien trouvées, le beatmaker lache une batterie de trouvailles : choeurs d’enfants, rythmes latins, exotisme oriental, ambiances de fêtes foraines, etc… Tout cela pourrait paraître inadapté à un genre, le rap, friand de sobriété. Mais les ruptures et les évolutions que Daedelus s’accorde se révèlent parfaitement taillées pour les élucubrations stylistiques des deux autres lascars.

Cependant, The Weather n’est pas irréprochable. Ses qualités sont aussi des défauts. Comme tout ce qui sort du ventre fécond du West Coast Underground, il jaillit, il virevolte, il regorge d’idées et d’apparente spontanéité, au point d’être indigeste. Un compère au goût sûr a parlé de « Zappa rap » à propos de cet album (ce qui n’est pas un compliment), et il y a bel et bien de cela dans cette débauche de délires rappés et musicaux. Et puis, les plus belles salves de l’album sont tirées dès le début (« Exagerated Joy », « Carl Weathers », « Fine For A Robot »), au détriment de morceaux finaux moins marquants (hormis « Sleep Standing up »). Enfin, le posse cut conclusif avec trois Shape Shifters (Awol One, 2Mex, Circus) est un finale plutôt abrupt et rugueux. Mais après tout, n’est-ce pas comme ça qu’on aime ces albums ? Bien foutraques, bien bordéliques ?

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