BUILT TO SPILL – You In Reverse
Sorti le 11 avril 2006,
chez Warner Bros. Records.
Alors que Built To Spill a été considéré assez tôt comme important dans son pays, il a tardé à susciter la même adhésion de l’autre côté de l’Atlantique. Certes, le groupe de Doug Martsch n’est pas passé inaperçu chez nous. Il y a même recueilli des critiques bienveillantes. Mais il leur a souvent manqué l’enthousiasme. Sans doute cet indie rock épique et toutes guitares dehors est-il trop américain. Ou bien le sex-appeal lui fait-il défaut,. Ou encore n’a-t-il pas cette habileté à poser sa musique comme un manifeste, qu’affectionne une critique européenne éprise de posture arty.
Mais en 2006, bien après Perfect From Now On et Keep It Like A Secret (sans doute les plus grands albums du groupe), sort You In Reverse. Et, allez savoir pourquoi, des gens pour qui Built To Spill n’est alors encore qu’un nom, se passionnent tout d’un coup pour les Américains.
Mieux vaut tard que jamais.
Et il est vrai que ce sixième album, sorti après cinq années de silence, ne manque pas d’arguments. Il impressionne dès son premier titre, un « Goin’ Against Your Mind » en tout point exceptionnel. Avec cette durée de près de neuf minutes, avec cette composition fracturée, ces changements de rythme, cette guitare tantôt mordante, tantôt élégiaque, capable de longues épopées où s’entend comme jamais l’influence du Loner et de son Crazy Horse, cette chanson regroupe d’un coup le meilleur du groupe. Elle offre d’un bloc une sorte de condensé, un best-of express de Built To Spill.
Et après cette prouesse ? Eh bien, c’est toujours du Doug Martsch. C’est une musique accidentée, parcourue d’envolées de guitares plus Neil Young que jamais (écoutez donc l’introduction de « Wherever You Go ») et d’autres détails impromptus (le finale ska de l’héroïque « Mess With Time »). Cependant, tout est présenté dans une version adoucie. Sur You In Reverse, Doug Marsch privilégie les ballades (des ballades certes jamais prémunies contre les cassures, les tempos changeants et les guitares abrasives), dont certaines sont somptueuses (« Traces », « Liar »).
Les hasards de la distribution, la qualité de la promotion, des goûts particuliers et le changement de génération ont dû jouer. Mais il reste surprenant que le public d’ici n’ait vraiment accroché à Built To Spill qu’avec cet album. Parce qu’il privilégie les douceurs, parce qu’il se termine de façon apaisée plutôt qu’en apothéose, la faute aussi à des passages moins inspirés (un « Conventional Wisdom » fadasse, pourtant choisi comme lead single), You In Reverse présente un léger déficit d’intensité par rapport à ses prédécesseurs. C’est pourtant cet album qui est le mieux reçu en France. Et il n’y a lieu que de se réjouir si, sur le tard, ce groupe fabuleux a conquis ce pays.