LIL BABY – Counted Up In The Dark

LIL BABY – Counted Up In The Dark

Sorti le 6 octobre 2017,
chez Paper Hangers.

Le temps des critiques et du contenu éditorial est révolu. Même si des gens de la vieille génération persistent dans cette voie (ici même, par exemple), il est devenu superflu de donner son opinion sur la musique. Il suffit de faire circuler des liens pour permettre à quiconque de juger sur pièce. La jauge de la musique, c’était autrefois les amateurs éclairés et les professionnels du journalisme musical. Aujourd’hui, ces gens ne servent plus à grand-chose. L’unité de mesure, c’est la vitesse et la fréquence avec lesquelles une vidéo ou un lien Soundcloud circule sur les réseaux sociaux.

Voilà donc pourquoi il est ardu de se documenter sur Lil Baby. Même si, à droite, à gauche, on a vu des gens vanter son Counted Up In The Dark, presque rien n’a été écrit dessus. Tout juste sait-on qu’il est basé à Detroit, et qu’il n’est pas le rappeur homonyme apparu à Atlanta, près de Young Thug. Ce Petit Bébé-là, ce sont les artistes émergents de sa ville qu’il fréquente : par exemple des gens associés à la sulfureuse Team Eastside, comme BabyFace Ray, qui collabore à « Under Dog », en plus d’un certain Baby Money (à Detroit, visiblement, on aime les nourrissons…).

S’il restait un doute sur la provenance de Lil Baby, la musique parle d’elle-même. Elle est fidèle au son de Detroit : son inspiration est d’essence sudiste (oubliés les Eminem et les Royce da 5’9″ d’autrefois), mais dans une déclinaison plus rêche, plus sèche, plus clinique et plus véloce, comme le montre le titre « Huh » ou, de manière plus éclatante, le saisissant posse cut « Deep Thought ».

Les thèmes sont ceux, alimentés par l’esprit de bande, de l’agressivité et de la paranoïa du rappeur délinquant. Mais ils sont parcourus d’un spleen subreptice, véhiculé par un rap marmonné qui est aussi fatigué qu’orgueilleux. Même quand les préoccupations sont vénales, cette mélancolie est présente, comme sur « Fast Money ». Lil Baby nous parle d’un quotidien de dealer, mais sans le glamour qui lui est prêté par d’autres. Au contraire, il semble désensibilisé par son « métier », il est confronté à des gens déshumanisés par l’argent. C’est particulièrement marquant sur les titres les plus lents et les plus pesants, comme le « Under Dog » déjà mentionné, l’un de ses meilleurs.

C’est tout ce que nous pourrons dire sur Counted Up In The Dark, sinon qu’il a été, en 2017, l’un des albums marquants de la scène rap du moment. Mais n’est-ce pas tout ce qu’il faut en retenir ?

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