KMD – Black Bastards

KMD – Black Bastards

Originellement programmée en 1994,
chez Elektra Records.

Sorti le 15 mai 2000, chez Readyrock Records,
puis en 2001, chez Sub Verse Music.

Black Bastards est, par excellence, l’album maudit du rap. Prévu pour 1994, trois ans après Mr. Hood, le premier opus de KMD, la major Elektra décide de ne pas le sortir. Le prétexte invoqué est la pochette, qui représente un Noir au bout d’une corde, le nom exact de l’album (Bl_ck B_st_rds) suggérant un morbide jeu du pendu. Pour compléter le tableau, Subroc meurt dans un accident de voiture en 1993, juste après l’enregistrement de l’album. Il faut donc quelques années de galères, le retour de son frère, Zev Luv X, sous le nom de MF Doom et le succès underground de son album Operation Doomsday pour qu’une première édition officielle survienne en 2000 sur Ready Rock Records, suivie d’une seconde sur Sub Verse, le label de Bigg Jus, rappeur de Company Flow.

Désigné comme « meilleur album hip-hop jamais sorti » par l’Ego Trip’s Book Of Rap ListsBlack Bastards marie humour et rhétorique pro-black. Il repose sans surprise sur un substrat jazz, et il doit une bonne part de ses samples à The Blue Guerilla, l’album de Gylan Kain des Last Poets. Il privilégie des titres courts, qu’il enchaîne sans pause, sur un rythme entraînant. Et le rap brut, direct et soutenu des rappeurs fonctionne très bien avec ses beats enjoués et énergiques.

Côté paroles, KMD persévère dans son afro-centrisme teinté d’ironie, notamment sur ce « What A Nigga Know? » où les rappeurs répondent à la question « ça sait quoi un nègre ? » par le stéréotype du « sambo ». Employant tous les clichés de circonstance, ils les ridiculisent. Zev Luv X et Subroc, toutefois, ne se cantonnent pas à ce registre : ils traitent aussi de thèmes plus légers. Outre des allusions à la fumette (« Suspended Animation ») qui ont dû participer au trouble d’Elektra, KMD se fend d’une ode à la boisson sur « Sweet Premium Wine » et au sexe sur « Plumskinzz », sans doute le meilleur titre de l’album, présent d’ailleurs en deux versions.

Sorti à temps, Black Bastards aurait eu sa place parmi les classiques de la très faste année 1994. Quelque part en tête de liste. Mais ce n’est qu‘a posteriori, de façon posthume, que l’album donne raison aux paroles prophétiques lancées par le regretté Subroc sur « It Sounded Like A Roc » :

If I be ghost
Expect me back to haunt

Quand je serai un fantôme
Attendez-vous à ce que je vous hante

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