BABY SMOOVE – Im Still Perfect
Sorti le 18 juillet 2020,
chez Dha Franchise LLC.
En 2018, alors qu’il est un inconnu, Baby Smoove sort un album nommé Why So Serious. Jugeant alors qu’il n’a pas reçu l’attention méritée, estimant qu’il n’a pas été assez pris au sérieux, il enchaîne avec un projet intitulé I’m Still Serious. L’année suivante, toujours prolifique comme ses compères de Detroit, il délivre l’excellent Flawless, ainsi que Mr. Perfect, pour signaler au monde sa perfection. Et puis, considérant une fois encore ne pas récolter assez d’éloges en dépit de sa notoriété croissante, il enfonce le clou en appelant une autre de ses sorties Im Still Perfect.
Baby Smoove, qu’on se le dise, voudrait qu’on l’apprécie à sa juste valeur. Et on doit lui donner raison. Il y a peu à jeter, en effet, sur ses albums, en particulier celui-ci. Son meilleur en 2020.
Il ne change rien à sa formule. Apathiques, récités sur le mode du jean-foutre, marmonnés dans sa barbe, terminés par des murmures parfois inintelligibles, ses propos défilent comme si Baby Smoove se fichait de leur portée, comme s’il était pressé d’en finir. Quand il pleure la mort de sa sœur sur « Losing My Mind Pt. 2 », quand il est seul et malheureux sur « Lonewolf », le rappeur paraît désabusé, et c’est normal. Mais quand il se lance dans des attaques au vitriol, quand il se montre menaçant sur « The New Smoove » et « Losing My Mind Pt. 2 », quand avec Veeze, il fait part de ses ambitions sur « Sleep Walking », ou quand il vante ses vêtements de marque sur « Palm Angels », Baby Smoove reste mou. Et curieusement, cette nonchalance fonctionne.
Baby Smoove fait de la richesse une routine, de la délinquance une action mécanique et désinvolte. Est-il assommé par les drogues ? A-t-il atteint un tel niveau dans son métier de dealer qu’il n’a plus aucune motivation ? A-t-il tant de facilités qu’il n’en retire plus aucune satisfaction ? A-t-il perdu goût à la vie quand, sur « Losing My Mind Pt. 2 », il prétend en avoir assez des filles et privilégier les rapports expéditifs (« je ne suis ici que pour ta bouche, pas la peine d’allonger tes jambes », dit-il sans conviction à sa compagne…) ? Est-il au bout du désespoir qu’il évoque sur « You & Me », une histoire d’amour brisé ? Ou bien est-ce tout cela à la fois ? Difficile de juger. Et pourtant, cela continue à faire son effet sur des moments forts comme « Losing My Mind Pt. 2 », le chantonné « Drank-Juice », ou les presque relevés « Settle Down, Pt.2 » et « Oh My God ».
Alors ? Encore parfait, le rap de Baby Smoove ? Still perfect ? Peut-être pas, mais pas loin.