SILVER APPLES – Silver Apples / Contact

SILVER APPLES – Silver Apples / Contact

Premier album sorti en juin 1968,
second album sorti en février 1969,
chez Kapp Records.

La redécouverte de leur propre passé par les musiques populaires s’est opérée en plusieurs étapes. Au tout début, dans les années 50 à 70, tout est à inventer chaque jour, et peu, hormis les critiques, les passionnés et les nostalgiques, s’attardent sur le rétroviseur. Puis dans les années 80, vient le format CD et une première vague de rééditions. Le rock (au sens large) avance à grands pas vers la cinquantaine et opère un premier bilan de son histoire. Il devient fréquent de publier des listes des meilleurs albums de tous temps où, à chaque fois, les Beatles, les Beach Boys, Dylan se taillent la part du lion, mélangés pour faire bonne mesure à quelques gens plus récents.

Puis alors, il faut se distinguer et se spécialiser. Les rééditions s’accélérèrent, Internet s’en mêle, aiguisant l’appétit des amateurs de musique, remettant dans le circuit des titres qui n’avaient quasiment jamais fait l’objet d’une réédition. Certains s’aperçoivent enfin que si tel ou tel album a connu le succès, c’était autant par chance ou par réseautage que pour sa qualité, et qu’à l’inverse des tas de perles dorment dans les greniers. Si bien qu’arrive une nouvelle ruée vers l’or, avec son corollaire de frénésie et de déceptions, une quête dédiée à la découverte de lost classics.

Réédités sur un seul CD en 1997, les deux premiers albums de Silver Apples sont parfois cités parmi ces chefs d’oeuvre oubliés de la pop music. Comme souvent, c’est l’admiration de groupes plus récents qui valent à ce duo new-yorkais de revenir à la surface à la fin des années 90, de se reformer, de ressortir ses vieux disques et d’en proposer de nouveaux. Les premiers de ces fans ont été Suicide, suivis plus tardivement par Stereolab, Spacemen 3, Laika et quelques autres. Les similitudes, en effet, sont nombreuses et évidentes entre leurs musiques respectives et celle du duo formé par le percussionniste Danny Taylor et Simeon Coxe III, chanteur fantasque que l’on voit alors manipuler un étrange synthétiseur conçu par lui-même et qui porte son prénom.

Quarante ans après leur sortie, c’est un drôle de décalage que l’on remarque sur ces deux albums de Silver Apples, entre un chant de hippy éthéré et cosmique, ancré dans le délire psychédélique de l’époque, et ce son fait tout entier de pulsations, d’oscillations et de rythmes complexes, certes un peu vieillot, mais qui annonce la musique électronique triomphante des années 90. Dès le début, les deux compères savent utiliser leur étrange instrument. En jouant du minimalisme, de la répétition et d’infimes variations, forts d’une concision qui tranche avec les arpèges proposés par d’autres groupes de rock progressif, ils annoncent un kraut rock alors en pleine gestation.

Souvent, la musique des Silver Apples est avant tout une curiosité, comme avec ces mélopées tribales à dresser les cheveux sur la tête (« Dust », « Dancing Gods ») ou quand elle mâtine son futurisme synthétique d’un banjo (« Ruby », « Confusion »). Mais il y a de véritables réussites, quand le potentiel hypnotique des machines est exploité au mieux (l’excellent « Lovefingers »), quand des chants éthérés épousent des rythmes légers mais trépidants (« Program »), quand leur formule atteint des sommets de psychédélisme (« You And I ») ou quand le format pop, dont ne s’éloignent finalement jamais trop les deux hommes, aboutit au meilleur (« I Have Known Love »).

Alors certes, il n’aurait fallut que des titres de cet acabit pour qualifier ces albums de lost classics. Ce titre est accordé avec trop de légèreté de nos jours, ses critères d’attributions sont trop vagues. Mais ces Silver Apples ont été visionnaires, précurseurs, séminaux. Ils sont historiquement importants, ils sont à connaître pour tout passionné de musique. Et cela est déjà énorme.

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PS : ci-dessous la pochette du second album, Contact.

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