ACE CINO – Chi Chi Get The Yayo

ACE CINO – Chi Chi Get The Yayo

Sorti le 3 mars 2020.

Le Detroit de l’après Doughboyz Cashout, c’est comme l’Atlanta post-Flockaveli. C’est fini, c’est de l’histoire ancienne. Mais qu’importe, puisqu’on peut y revenir sans cesse, à loisir. Qu’on peut s’y replonger jusqu’à la satiété. Que jamais, ô grand jamais, on n’en fera le tour. Que toujours, on en découvrira de nouveaux acteurs, de nouvelles « mixtapes » d’anthologie, d’autres « projets » de cette époque bénie où le moindre rappeur était possédé par le démon, où le moindre quidam des lieux entrevoyait le succès, et où, stimulé par cette perspective, il donnait tout ce qu’il avait.

Ace Cino est l’un de ceux-là. Il a apporté sa pierre à l’édifice rap de Detroit. Il y est allé de sa contribution avec cet « album » dont le titre se réfère à son autre surnom (Chi Chi) et à une citation de Scarface, quand Tony Montana demande au Chi Chi en question d’aller chercher la cocaïne (la « yayo »). L’allusion au film culte, le photomontage de la pochette qui suit ce délire et le pseudo de celui dont le vrai nom serait Kenneth Passmore (Ace Cino = assessino), annoncent évidemment des histoires d’argent, de mafieux, de plugs. Et de sexualité rude, aussi, bien sûr.

Scarface est invoqué, mais aussi les Sopranos. Le dialogue qui débute chaque titre, « are you in the mafia? », avec un systématisme pas loin d’être irritant, est issu de la série. Il annonce les beats de Damedot, et l’on sait que ce dernier est l’un des meilleurs représentants du son de Detroit, l’un de ses originateurs. Ace Cino appartient à sa bande. Son rap de gangster verbeux et inarrêtable, donc, il le déroule sur des nappes crispantes, des touches de piano nerveuses, des cloches de saison, et tout le tintouin. Et c’est particulièrement prenant sur « Mike Weber », « Harden », et avant cela sur « Reaper », avec ses raps chantonnés sur le même mode, couplets comme refrain.

Mais ce n’est pas que cela. Cette sortie s’offre l’agrément de quelques samples, comme avec les chants féminins de  » Thinking », en complément de la rappeuse Chef Lay, ou l’emprunt à Franz Schubert, cette vieille branche, sur « Gutta Since A Yungin ». Signe distinctif pour Ace Cino, on y trouve aussi beaucoup de morceaux R&Bisant et/ou Auto-Tunés diversement réussis, comme quand un certain 50 50 Smack intervient sur « Wipe Yo Nose », et plus tard avec « Jus 4 Me », « Left The Trap »,  » Thinkin Bout Ya » et « Feelings Gone ». Et puis les invités sont bien choisis, notamment les têtes d’affiche du rap local comme Babyface Ray sur le très bon « Like Fam ».

Chi Chi Get The Yayo est la contribution d’un second couteau de cette période magique, celle où la Motor City est devenue la place forte du rap de rue. Sans doute n’est-il destiné qu’aux fans de ce son. Mais honnêtement, de 2015 à 2020, pouvions-nous aimer autre chose que le rap de Detroit ?

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