COMPILATION – Boom Bap For Neanderthals
Sorti le 15 octobre 2002,
chez Boiling Point.
Les compilations n’ont rien de rare dans le monde de plus en plus éclaté du hip-hop « indépendant ». Ce serait même limite le trop-plein. Pour chaque label en place ou émergent, l’exercice compilatoire semble le passage obligé, l’étape indispensable vers… Vers quoi au fait ?
Il fut un temps où le rôle des compilations était clair : faire découvrir, que ce soit par prospective ou par exploration du passé, des artistes unis par un lieu, un genre, un thème, une approche, ou quoi que ce soit d’autre de pertinent et de percutant. Mais à mesure qu’elles se mutliplient, celles-ci semblent perdre leur direction artistique et ne plus se résumer qu’à un bête objet promotionnel, à la concrétisation sur disque d’un gros carnet d’adresse censé crédibiliser tel ou tel label.
Sortie l’an dernier, la compilation Boom Bap For Neanderthals en est l’exemple patent. Pour le label Boiling Point, l’objectif apparent est de donner un coup de projecteur sur ses propres artistes. Ces derniers, cependant (la Extended Famm, les Single Minded Pros), sont peu représentés, en plus de ne pas être remarquables. Pour le reste, la compilation est squattée par des figures établies de ces scènes (Vast Aire et la Atoms Fam, RJD2, Yaggfu Front et leur compère Esau, Xtracts of Slang, les CunninLynguists), par quelques protégés du site web Hip Hop Infinity (Genelec & Memphis Reigns, Mac Lethal) ou par des professionnels de l’entrisme et du net marketing (iCON the Mic King, Kenneth Master, Supastition). Et bien entendu, peu de morceaux ici présents sont des inédits.
On se demande quel est l’intérêt de la démarche, d’autant plus que de nombreux titres sont d’un académisme marqué, notamment au début. Il faut attendre qu’un bon tiers du disque s’écoule pour entendre enfin des passages qui sauvent l’ensemble. Ca n’est qu’avec le « The B-Boy Song » de J.A.Q. (une chanson pour b-boy, oui, c’est clair, on fait ce qu’on peut) que le niveau commence timidement à s’élever, pour s’établir à une altitude raisonnable sur les plages suivantes : le fort fréquentable « Sunwheel » de Genelec & Memphis Reigns (issue de l’album Scorpion Circles) ; le réussi « Greener Grass » de l’inégal iCON the Mic King ; un « Listen » qu’Esau concourt seul à rendre intéressant ; le « Law And Order » produit par RJD2, entre moyen et pas trop mal, comme d’habitude ; le « Karma » des CunninLynguists ; et le « Trippin Dominoes » de Vast Aire.
Sur la longueur, Boom Bap For Neanderthals est honorable. Mais cette compilation ne sert pas à grand chose. Et surtout pas à attirer l’attention sur les artistes Boiling Point, pas mémorables ici. Sans compter ce petit parfum suranné, ce petit air de rap réchauffé qui accompagne le disque tout du long, comme s’il était sorti, non pas en 2002, mais vers 1999. Souhaitons à Boiling Point qu’il ne s’agisse pas d’un mauvais présage, et que le label ne disparaisse pas comme ces Néandertaliens qu’il a choisi comme représentants, faute de s’adapter aux mouvements de son époque.