BEEDA WEEDA – Mob God
Sorti le 3 avril 2020,
chez Beeda Weeda Productions.
Suivre le parcours de Brandon Emile, alias Beeda Weeda, c’est un peu visiter tous les monuments du rap de la Bay Area. Producteur passé au micro quand son compère Lil Al s’est retrouvé en prison, le rappeur d’East Oakland a d’abord été mis en avant par Tajai des Souls of Mischief. Puis il a rejoint le label de Mac Dre, avant de côtoyer d’autres héros des lieux, The Jacka par exemple, ou les deux parrains historiques de la Baie : E-40, et surtout Too $hort, qui est devenu un mentor.
A travers les styles et les époques, le rap de Californie du Nord est resté une famille. Et depuis son apparition dans les années 2000, en pleine ère hyphy, Beeda Weeda s’y est bien installé. Il n’usurpe donc rien, en 2020, lorsqu’il nomme son album Mob God. D’autant plus qu’il s’appuie sur un duo phare des lieux, les producteurs 4rAx et Kenny Tweed, alias les Mekanix, et qu’il convie d’autres rappeurs éminents de la Baie, E-40, B. Legit, Keak Da Sneak, J. Stalin, Yukmouth et Stevie Joe. Cet album témoigne de l’esprit de clan qui préside là-bas. Et par ailleurs, il est très réussi.
Mob God est bien ce qu’il annonce. C’est de la mob music de toujours, avec des sons souples et ronds (« Aint Mobbin »), des gerbes synthétiques qui vous scient le cerveau (« 2nd Chance », « Get It How You Live »), des mélodies aguicheuses (« Choosin »), du funk sirupeux (« Cash Run »), et des textes sur l’instinct de survie (« The Other Side Of The Gun », « Tryna Live ») ou sur l’obsession pour les filles (le faiblard « Freak Hoes »). Et pour ne rien gâcher, même si vers la fin l’album s’épuise, la plupart des titres sont bons et certains sont des tubes, tel « Drug Dealers ».
En 2020, avec cette sortie de Beeda Weeda, des Mekanix et de tous les autres, le rap éternel de la Bay Area rentre donc intact, sans trembler, dans sa cinquième décennie d’existence.