RICO ACE – Blackjack
Sorti le 10 avril 2026.
Pour qui suit un tant soit peu l’actualité du rap britannique, l’un des hommes de l’année 2025 a été EsDeeKid. Caractérisé par son masque et par son anonymat (rien de neuf, jusqu’ici, dans le contexte du rap anglais), son accent de Liverpool particulièrement prononcé (un détail déjà plus singulier), on a beaucoup glosé quand une rumeur a prétendu qu’il était Timothée Chalamet. Et puis, plus sérieusement, on a beaucoup fait tourner ses tubes et sa « mixtape », Rebel.
Or sur ces mêmes tubes comme « Bally », celui de la révélation, et sur ce même album, Rico Ace a figuré en très bonne place. Il est le comparse d’EsDeeKid, il est son partenaire attitré. En 2026, le temps est venu pour lui de se lancer, avec Blackjack. Et si cette sortie (qui compte bien sûr plusieurs morceaux avec son compère) fera moins de bruit, elle s’avère loin d’être négligeable.
Comparé à son acolyte, ou à leur collaborateur fakemink, Rico Ace est le rappeur ordinaire du nouvel underground anglais. Pas d’accent à couper au couteau chez lui (et pour cause, il serait de Londres). Pas de voix d’insecte. On connaît son visage et son identité (Rico Ace serait le vrai nom de ce rappeur autrefois appelé JerDon!). Et sur Blackjack, on retrace facilement sa généalogie.
On y entend les basses saturées et l’électronique chaotique qu’ont en partage le grime et la UK drill. Les ego-trips de l’un sont conjugués à l’agressivité et à la noirceur de l’autre. On y retrouve un art tout britannique de faire bien sonner la dissonance (« Oh No « , un « Treason » assez phénoménal, un « Character » impressionnant). Mais aussi, l’Amérique. Celle de Soulja Boy, samplé en introduction de « Dope Boyz », un autre duo assez fabuleux avec EsDeeKid. Celle de la trap music qui parle de filles, de réussite matérielle (« Dolce & Gabbana », « Rich Get Richer »), et de consommer (« Malibu ») ou de cuisiner (« Decimals ») toutes sortes de stupéfiants.
La sensation, certes, c’était l’an dernier. Rico Ace n’y ajoute pas grand-chose, avec cette sortie courte comme un EP, dont le thème (ce grand jeu additif, risqué, mais rémunérateur, qu’est la vie dans l’illégalité) n’a rien de bien neuf. Mais avec un ou deux bangers de plus, avec quelques autres duos bien sentis avec EsDeeKid et son numéro de flambeur, il parvient à la perpétuer.