JAEYCHINO – If You Knew

JAEYCHINO – If You Knew

Sorti le 12 juin 2026,
chez PRNLDOCC Records.

Voici donc la dernière génération qui, aujourd’hui, continue de faire de Washington et des alentours une place forte du rap. Elle est celle du collectif Too Many Strikers (ou TooManyStrikers), une assemblée de jeunes gens qui font prendre au rap de rue à la mode DMV un tour plus arty, plus Internet et (cela va souvent de pair) plus tourné vers les musiques électroniques.  Parmi eux, Jaeychino est sans doute le plus visible. Depuis 2024, l’année de ses vingt ans, son nom est revenu régulièrement à nos oreilles à travers la série des Artwork, la mixtape Watch The Throne, l’album Topstrike ou encore ce dernier, If You Knew, qu’on nous présente comme son plus abouti.

Chez Chino, on entend toujours le phrasé précipité du DMV flow, mais la musique est différente : de l’ambient, des grosses nappes de synthé, des voix féminines évaporées comme au temps du cloud rap, ou au contraire des rythmes erratiques, des décélérations / accélérations comme sur le très bon « The Greatest », des basses saturées et des sons cacophoniques qui, sur « Childhood Friends » et « Bye Felicia » au moins, évoquent la rage music. A la façon du Soundcloud rap, dont cette formule partage les qualités (l’abondance d’idées) et les défauts (une électronique de poche parfois étriquée), il délivre chacune de ses nombreuses bidouilleries en moins de deux minutes.

Aussi, même si le discours est celui d’un criminel aux tendances autodestructrices et que Jaeychino ne s’interdit pas un petit diss track (contre KP Skywalka sur « Cinderella »), il a une approche plus personnelle que les Goonew et compagnie qui sévissaient avant du côté de DMV. Ce rappeur-là est plus visiblement introspectif. Parfois, il réfléchit sur lui-même. L’album, d’ailleurs, s’ouvre par un geste fort et intime : sur « For My Daughter », Chino exprime une fois encore sa volonté de s’en sortir, mais il la présente comme un hommage à sa petite fille mort-née…

Il y a de la solitude, de la détresse, de la dépression et de la paranoïa chez ce rappeur (« Fuck A Entourage », « Mylife »), du nihilisme aussi (le mémorable « Die At The End »). Vis-à-vis de ses proches et des fans, il se présente parfois comme une figure sacrificielle. Les soupçons d’autosatisfaction (« Akeelah ») sont souvent contrebalancés par de l’autocritique sur « Don’t Idolize Me » et sur « Dit It For Yall ». Jaeychino nous rappelle que, quelle que soit leur génération, autour de Washington ou sous d’autres cieux, les rappeurs sont rarement des role models.

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