KINGS OF CONVENIENCE – Quiet Is The New Loud

KINGS OF CONVENIENCE – Quiet Is The New Loud

Sorti le 29 janvier 2001,
chez Source Records.

Moi, ce que j’aime, avant tout, c’est le bruit. 

Ainsi s’exprimait l’une de mes collègues de travail, un jour, pour résumer des goûts musicaux dominés, comme beaucoup de gens nés au milieu des années 70, par le grunge, par Nirvana, par Noir Désir, et d’autres groupes populaires adeptes de guitares sonores. Les années 90 sont celles où le bruit est définitivement devenu une chose normale, la bande-son de notre vie quotidienne. Aussi, la musique fonctionnant par cycle, par réactions successives, était-il logique que les années 2000 s’ouvrent, à l’exact opposé, sur un retour de la douceur, de la quiétude et de l’acoustique.

Ce retour, peu de gens l’ont autant incarné qu’Erik Glambek Bøe et Erlend Øye, du duo norvégien Kings of Convenience, avec leurs têtes de premiers de la classe, leurs guitares sèches, leurs mélodies apaisées et leurs délicates harmonies vocales, qui leur vaudront une comparaison avec Nick Drake, et une réputation de nouveaux Simon & Garfunkel. Le second, DJ à ses heures, sera même l’un des acteurs de l’intrusion du folk dans la musique électronique, de la folktronica.

Sorti chez Source avec le renfort de Ken Nelson (le producteur de Badly Drawn Boy et du premier Coldplay), et ne serait-ce que par son titre, Quiet Is the New Loud, leur vrai premier album (il recycle des éléments du précédent, passé presque inaperçu), sonne comme le manifeste de ce retour à l’acoustique et à la sérénité. Et le contenu ne dément pas cet intitulé en forme de slogan.

Deux voix fragiles et mélodieuses, deux guitares, rarement électrifiées, une mélancolie rassurante, presque confortable, une dévotion profane pour l’être aimé. Voilà à quoi se résume ce disque extrêmement homogène et dépouillé. Le duo offre quelques variantes de sa recette, avec beaucoup de parcimonie : un doigt de violoncelle ; ici, un soupçon de boite à rythme et autres percussions très rares (« Toxic Girl », « Failure »), ou de piano (« The Girl From Back Then », « Parallel Lines ») ; là, une touche très à-propos de bossa nova et de trompette (« Singing Softly To Me »). Mais rien qui ne remette en cause l’atmosphère très indolente de l’ensemble.

Rien n’est hors-sujet sur Quiet Is the New Loud. Rien, donc, ne fait mentir le titre de cet album. Et c’est à la fois sa qualité et son défaut. La formule fait mouche sur de charmants « I Don’t Know What I Can Save You From », « Failure » et « Parallel Lines ». Mais les Kings of Convenience souffrent aussi de leur premier degré, d’un manque d’aspérité, d’un aspect unidimensionnel. Ils ne franchissent pas toujours avec succès le fossé parfois large qui sépare la joliesse de la beauté.

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