BEANIE SIGEL – The B. Coming

BEANIE SIGEL – The B. Coming

Sorti le 29 mars 2005,
chez Damon Dash Music Group et The Island Def Jam Music Group.

Le numéro du gangster qui saigne, le registre du criminel triste qui partage ses états d’âme, est parfois présenté comme un trait distinctif du rap des années 2010. Cependant, il ne lui est pas exclusif. Les exemples abondent dans les décennies précédentes. Certains sont même illustres, comme 2Pac, peut-être le premier des grands rappeurs « emo ». Même chez les rudes Geto Boys, il n’est pas rare que l’on se penche sur ses désordres intérieurs et sur ses troubles mentaux. Et puis, il y a le cas de Beanie Sigel, le rappeur de Philadelphie signé chez Roc-a-Fella. Son troisième album, The B. Coming, souvent considéré comme son œuvre majeure, exploite cette veine.

C’est que gangster, Dwight Grant l’est pour de bon. Ses démêlées avec la justice n’ont jamais cessé. Au moment d’enregistrer cet album, il a encore des affaires sur le dos à propos d’histoires d’armes à feu, et de meurtre. Ce troisième opus, d’ailleurs, il s’est empressé de le finir en quelques semaines (en même temps qu’une série de cinq vidéos, que deux documentaires promotionnels, The Trial: Beanie Sigel et The Truth: Beanie Sigel, et qu’un film de fiction, State Property 2), avant le commencement fin 2004 d’une nouvelle peine de prison. Aussi, pour ajouter au trouble de l’époque, Beanie Sigel sort cet album au beau milieu de la dispute entre Jay-Z et Damon Dash.

Beanie Sigel est un mauvais garçon, et cela se traduit dans ses mots. Sur le piano brutal de « Flatline », il promet la mort à ses ennemis. Sur « Purple Rain », il se lance dans une longue ode au purple drank, sur un énième sample du « In The Rain » des Dramatics. Sur « Oh Daddy », qui utilise la superbe chanson homonyme de Fleetwood Mac (ou plus exactement, sa reprise par la chanteuse R&B Natalie Cole), il parle d’un amour rude. Quant à « Tales Of A Hustler pt. 2 », sublimé par le son erratique d’un saxo, il est ce que le titre indique : le récit de vies criminelles.

Le rappeur étale aussi ses talents au micro, sur des morceaux éclatants mais un brin désincarnés, typiques du rap grand public de l’époque, comme cet « One Shot Deal » produit par Bink!, destiné à accueillir quelques vers de Redman, le ludique « Gotta Have It », avec Twista et Peedi Crakk, un « Don’t Stop » typique des Neptunes des petits jours, ou encore les bonus, « It’s On », et ce « Wanted » qui sample le tube quasi homonyme de Bon Jovi. Il y a aussi un brin d’humour sur « Bread & Butter », avec les deux tiers de Brand Nubian, à propos d’une fille qui profite du rappeur.

Beanie Sigel, néanmoins, joue de ses sentiments. Il invite beaucoup de gens, et non les moindres (Jay-Z, Snoop Dogg, Bun B, Cam’Ron, Redman, Grand Puba, Sadat X, Twista, etc.), mais cela ne l’empêche pas d’user de la fibre personnelle, intime et biographique. D’entrée le single « Fell In The Air » joue cette carte. Il la surjoue même, avec ses appels à Dieu, ses allusions au « Mind Is Playing Tricks On Me » des susmentionnés Geto Boys et les vocalises évaporées de Melissa Jiménez.

Les meilleurs morceaux dans ce registre sont pour après. Ils sont « I Can’t Go On This Way », sur le stress associé à sa vie, sur la pression subie par le garçon des quartiers, « Change », sur la vie du ghetto et l’espoir ténu qu’un jour, elle changera pour le mieux, le gospel « Lord Have Mercy », où le rappeur appelle Allah au pardon et à la miséricorde, et le titre qui aurait dû conclure l’album, un « Look At Me Now » où Beanie Sigel dit qu’après tout ce qu’il a traversé, plus rien ne peut l’atteindre, dans un moment revanchard qui rassemble sa hargne, son mal-être et sa fierté.

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